Les 23 livres et revues reçus depuis le 5 janvier 2026 pour Poesibao par Florence Trocmé et Isabelle Baladine Howald

Les livres de la liste qui sont précédés d’une étoile sont présentés un peu plus largement dans la deuxième partie de l’article.
*Philippe Jaffeux, Courants fous, Les Météores, 2026, 12€
*Françoise Clédat, Comme un livre, Tarabuste, 2025, 15€
*Isabelle Garron, le poème tangent – une geste, Flammarion, 2025, 240p., 22€
*Kenneth White, Au fin fond du réel, une approche de l’art géopoétique, L’Atelier contemporain, 2025, 20€
*Guillaume Marie, La Tectonique des halles, Corti, 2025, 15€
*Gérard Titus-Carmel, Palières, proses et fictions courtes, L’Atelier contemporain, 2026, 25€
Claudine Bohi, Point fixe, L’ail des ours, 2025, 8€
*Michèle Finck, L’arrière-silence, Arfuyen, 2025, 18€
*Frédéric Dieu, Ma vie jusqu’à la tienne, la Forge/Corlevour, 2025, 15€
*Sara Balbi de Bernardo, les fenêtres, quoi, La forge/Corlevour, 2025, 19€
Ana Blandiana, Poèmes résistants, trad Hélène Lenz, bilingue, éd de Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2025, 25€
*Régis Quatresous, Nourritures, l’Atelier contemporain, 2025, 137p., 26€
Jean-Yves Reuzeau, Chemins de liberté, L’année poétique, 121 poètes d’aujourd’hui, anthologie, Seghers, 2025, 20€
Dana Flaifl, Tout ce que j’ai c’est l’écriture Avec elle je résiste, traduit de l’arabe par Rouba Hassan puis par Lofti Nia et Frédérique Guétat-Liviani, Fidel Anthelme X, 2025, 10€
*Asmaa Azaizeh, ne me croyez pas si je vous parle de la guerre, traduit de l’arabe (Palestine) par Cjakib Ararou, éditions du Commun, février 2026, 17€
Josette Ségura, Les ruisseaux, suivi de Petite suite, Editions Illador, 2025, 16€
Jacques Jouet et Aurélie Thomas, Rakki Nouha, la musique et les miettes, coll. Supersoniques, Philharmonie de Paris éditions, 2026, 13€
Florence Louis, Erika Bournet Delbosc, La malle de Saint-John Perse, récit poétique inspiré de la vie et de l’œuvre du poète, éditions Carrefour Ventadour, 2024, 20€
Guillaume Siaudeau, A quelques nuages près, précédé de Inauguration de l’ennui, Le Condottière, 2025, 15€
Samuel Moussalli, Pirateries, coll. Le zeste bleu, Æthalidès, 2026, 16€
Cécile Roy, bras de mer, éditions Unicités, 2025, 13€
Revues
Revue Catastrophes, la fin de l’aventure, sous la direction de Pierre Vinclair, Le corridor bleu, 2025, 20€. lire la note de Marc Wetzel
Revue ANIMAL, hiver 2025, 22€
Françoise Clédat, Comme un livre, Tarabuste, 2025, 15€
« Un outil d’exploration » : variable bien habituelle pour une expression que nous ne sommes pas les seuls à partager avec Françoise Clédat dès lors qu’il s’agit de définir le poème ou du moins tenter de l’exprimer. Cette exploratrice de la langue et du monde, suggère par le recours aux systèmes de tension qui régissent tout langage, une irréductible mais indéfectible entrée que serait par ailleurs toute philosophie du vivant : venir au monde, le parcourir, le quitter… Une poésie avec le désir d’en explorer l' »obscurité comme faille de l’intelligible ». Son écriture se veut « témoin ou résultante d’une pratique comme mode de connaissance, à la fois dans sa tentative et dans son échec ». Pratique qui s’appuie « sur ce qui de l’expérience de vivre peut le moins être mis en question : ce qu’éprouve le corps ». Jouissance et souffrance, « les sensations du corps ». « Celles directement éprouvées au cours d’expériences réelles (érotiques, maternelles, paysagères, artistiques, etc.), celles provoquées par la lecture d’expériences ressenties et écrites par d’autres ».
Isabelle Garron, le poème tangent – une geste, Flammarion, 2025, 240p., 22€
Le poème tangent a été composé à la suite d’entretiens menés auprès des 17 artistes visuelles du collectif la tangente. La tangente se forme à la suite des événements de Nuit Debout en 2016. Je les rejoins deux ans plus tard. À ce jour, notre réunion est exclusivement composée de femmes. Elles sont peintre, photographe, sculptrice, dessinatrice, vidéaste, artiste conceptuelle, installatrice, performeuse… La création est ce qui nous détermine, avant notre sexe, avant notre âge, avant notre mode de subsistance.
L’enquête poétique, dont le poème est issu, germe avec la préparation de l’exposition-performance du banquet de la tangente qui s’est déroulée du 15 au 17 septembre 2023 à l’Atelier Blanc, centre d’art situé à Villefranche de Rouergue en Aveyron. La pensée du poème tangent est contemporaine de cet événement.
La poésie n’a pas d’endroit. Elle erre et puis elle fixe. L’écriture du poème tangent trouve son lieu à l’écoute de ces voix différentes mises en commun. Ici, la parole de l’artiste est la poésie.
Philippe Jaffeux, Courants fous, Les Météores, 2026, 12€
Nos visages figurent leur origine à condition qu’ils imitent la beauté d’une grimace simiesque.
L’électricité voue un culte à un alphabet qui met néanmoins en doute une technologie barbare.
Chaque jour met fin à son existence en vue de nous rappeler que notre mort est derrière nous.
L’art circule d’abord où il n’existe pas car il est irrigué par le sang d’un cosmos omniprésent.
Kenneth White, Au fin fond du réel, une approche de l’art géopoétique, L’Atelier contemporain, 2025, 20€
Dans cet ouvrage, le poète, écrivain et essayiste Kenneth White (1926-2023) propose une réflexion sur l’art dans une démarche qui pense le rapprochement de la « culture » et de la « nature » comme deux entités travaillant ensemble, dans un « champ poético-paradoxal » qui constitue son axe — une définition d’un art « géopoétique ».
Gérard Titus-Carmel, Palières, proses et fictions courtes, L’Atelier contemporain, 2026, 25€
À la fois thyrse et machine à étages, où chaque marche déboucherait sur la promesse d’une image, ou d’une fable, illustrant le défi de demander raison à ce défaut de perspective d’être de biais au monde.
Régis Quatresous, Nourritures, l’Atelier contemporain, 2025, 137p., 26€
Ce recueil, écrit dans une prose dense, sinueuse, complexe, qui n’est pas sans évoquer les grands récits du romantisme allemand, regroupe huit récits allégoriques révélant une parenté avec l’univers de Kafka. Ces histoires s’articulent autour du motif de la « nourriture » au singulier et au pluriel, de la faim au sens physique et au sens existentiel. À la réalité matérielle de l’aliment s’unit la portée symbolique de sa consommation. Et chaque fois, l’appétit et son assouvissement se révèlent destructeurs pour l’individu, pour le groupe, pour le monde qu’ils habitent. Centrale, la nourriture n’est pas subsistance, mais fardeau, ordure ou horreur. Dans la nouvelle-titre, elle échoue à nourrir et ne réjouit qu’en venant à manquer. Dans ‘L’enclos’, elle relève du rituel cannibale et engendre une nausée. ‘Le mange-mort’ présente, sur le mode satirique, une société qui accède à un progrès ravageur en jetant ses morts en pâture à une machine. Les personnages sont anonymes, presque invisibles, souvent mécaniques et grotesques, réduits à des rituels ou à des relations. L’individu se résorbe dans l’autre ou dans le collectif, jusqu’à l’effacement volontaire. Un univers glaçant, une vision « politique » de notre société, mais où l’humour, à froid, est central et seul salvateur. On pense à la formule de Beckett : « Rien n’est plus drôle que le malheur. »
Guillaume Marie, La Tectonique des halles, Corti, 2025, 15€
L’expérience de la désorientation est au cœur de La Tectonique des Halles. Qu’est-ce que se perdre, et que perd-on exactement lorsqu’on se perd dans une ville – en l’occurrence Paris – que l’on connaît, aime et sillonne quotidiennement ? En prenant pour point de départ un moment où les repères habituels semblent tout d’un coup se brouiller, Guillaume Marie interroge la nature de ce rapport à la ville, à ses rues, à sa topographie, à ses cavités et à ses habitants humains et non-humains. Dans ce récit d’une écriture sensible et épurée, il nous plonge dans une flânerie entre les rives du souvenir, explorant la manière dont nos émotions trament les espaces que nous habitons.
Michèle Finck, L’arrière-silence, Arfuyen, 2025, 18€
La voie du large, sixième livre de Michèle Finck publié par les éditions Arfuyen, a remporté en 2024 le prix Apollinaire.
Le présent ouvrage aurait pu s’appeler Leçons de silence s’il avait eu une intention démonstrative, mais l’ambition de Michèle Finck est toute différente. Il ne s’agit ici que de simples témoignages rapportés de l’exploration de ce tréfonds de silence qui veille en nous, en-deçà de la conscience et du langage.
Le terme fait penser à cet « arrière-pays » qui a donné son titre au récit autobiographique publié par Yves Bonnefoy en 1972. Mais le pays qu’évoque ici Michèle Finck est une contrée purement intérieure : « arrière-silence cette rumeur silencieuse unique en chacun de nous / qui nous accompagne toute une vie en s’accumulant strates par strates dans l’arrière-crâne / c’est avec son énigme que nous passons notre existence – et peut-être notre mort ».
Frédéric Dieu, Ma vie juqu’à la tienne, la Forge/Corlevour, 2025, 15€
Ma vie jusqu’à la tienne est un livre constitué d’un seul poème, écrit par un père pour son fils mort accidentellement au lendemain de ses vingt ans. Un unique poème donc en forme d’adresse à ce fils : cri devant l’immense douleur de sa mort, de son enlèvement ; étonnement face à l’invincible force de l’amour, qui fait découvrir la vie et renaître la parole là où la mort semblait avoir dit le dernier mot.
L’auteur, jusqu’alors adepte d’un verset ample et musical, recourt cette fois à une succession de vers brefs et secs, lapidaires, parfois même cliniques, seuls à même de dire le hurlement intérieur que provoque la mort d’un fils, seuls à même de faire entendre l’horreur, l’immense mutilation que constitue pour un parent la perte de son enfant. Les vers disent donc d’abord la douleur du père. Mais ils évoluent ensuite vers une adresse de celui-ci à son fils. Un dialogue entre eux s’engage, étrange et neuf : le père découvre que son fils, mystérieusement, lui ouvre une voie, l’invite à le suivre dans son nouvel état, sa nouvelle vie, cherche à lui faire comprendre que leur amour, s’il s’est transformé, transformé par la mort, est cependant entré dans une nouvelle dimension où il est destiné à croître toujours plus, à renaître différemment mais sans cesse. A mesure que le père accepte ainsi de voir son fils le précéder, l’enseigner et l’appeler à le suivre pour l’aimer autrement, le vers se fait plus doux, plus tendre, plus lumineux, retrouve aussi plus d’ampleur et de chair. En sorte que ce qui commence par et sous l’empire de la mort, d’une mort odieuse et inacceptable tant elle est contre-nature, s’achève en déclaration d’amour.
Sara Balbi de Bernardo, les fenêtres, quoi, La forge/Corlevour, 2025, 19€
Les Fenêtres s’articule autour de 4 moments (Les fenêtres, Les mains trouées, Peaux-pages, C’est pourquoi tu m’entends). S’il devait y avoir un unique sujet du recueil, ce serait peut-être un décryptage (très personnel) du processus créatif. Quoi est un texte qui fait le lien entre symptôme et poésie, souffrance et création. Les séquences se suivent et se forment par des déplacements, transformations et associations d’idées. Ces mécanismes sont propres à la poésie, mais aussi au symptôme et au délire. J’ai trouvé cette proximité particulièrement intéressante. Le délire y est pensé comme une manière de dé-lire le réel.
Dans ce nouveau livre, il y a aussi Marguerite Duras, Francis Bacon, Bertold Brecht, Dante, Louise Bourgeois, Modigliani, Francis Picabia, Emily Dickinson, Wim Wenders, Chantal Akerman, Nanni Moretti, Céline, Éluard, René Char, Marianne Faithfull, Barbara Köhler et Alejandra Pizarnik.
Ana Blandiana, Poèmes résistants, trad Hélène Lenz, bilingue, éd de Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2025, 25€
Dès ses premiers écrits en 1959, la poète roumaine Ana Blandiana fut interdite de publication. Elle le sera à trois reprises, pour une durée totale de sept ans. Ses poèmes et ses chroniques n’en furent pas moins lus avec ferveur, fût-ce sous la forme de samizdats. Si elle ne fut pas la seule à dire non, elle est devenue, à son corps défendant, une icône de la lutte alors même qu’elle n’aspira jamais à être autre chose qu’une femme qui écrit.
Le présent volume regroupe 4 poèmes publiés dans la revue Amfiteatru en 1984 et aussitôt censurés, ainsi que deux recueils dont la traduction en français fut initialement publiée par les Ateliers du Tayrac au début des années 90 et qui étaient depuis longtemps introuvables : Stea de prada / Étoile de proie (1985) et Arhitectura valurilor / L’Architecture des vagues, composé alors que Blandiana était à nouveau interdite de publication et qui dut attendre 1990 et la chute de Ceausescu pour voir enfin le jour.
Asmaa Azaizeh, ne me croyez pas si je vous parle de la guerre, traduit de l’arabe (Palestine) par Cjakib Ararou, éditions du Commun, février 2026, 17€
Dans Ne me croyez pas si je vous parle de la guerre, Asmaa Azaizeh, native de basse Galilée et figure de la nouvelle génération de la poésie palestinienne, écrit la guerre qu’elle vit et celle qu’elle ne vit pas, ou autrement. À contre-courant d’un héritage poétique marqué par les figures masculines aux voix prophétiques, elle ausculte une à une les violences depuis l’expérience qu’en fait le corps, de la brutalité de l’occupation à celle de la domination masculine.
Revue ANIMAL, hiver 2025, 22€
Le numéro hiver 2025 de la revue Animal comprend des publications de Loréna Bur, Pierre Parlant, Marine Riguet, Jean-Gilles Badaire, Lionel Bourg, Béatrice Trotignon et Lucie Taïeb qui rejoignent les autrices et les auteurs publiés dans le numéro en ligne du printemps 2025 (www.revue-animal.com) : Bernard Chambaz, Frédéric Khodja, David Christoffel, Jonas Fortier, Audrée Wilhelmy, Hélène Grimaud et Aldo Qureshi.
Des inédits toujours, dans ce cinquième numéro imprimé d’animal fondamentalement international !!!