Etienne Vaunac entreprend un travail de traduction des ‘Elégies’ du poète latin Tibulle que Poesibao compte accompagner en plusieurs temps.
Albius Tibullus est né entre 54 et 50 av. J.-C. dans une famille ruinée de la noblesse équestre installée entre Tibur et Préneste. On sait peu de choses le concernant. À Rome, où il vint pour ses études, il rencontra Marcus Valerius Messalla Corvinus, sénateur et poète. Il accompagna son protecteur lors de deux expéditions militaires, en Gaule puis en Orient (dans les armées d’Octave), et tomba malade en Phéacie (Corfou). C’est par son entremise qu’il rencontra Horace, avec lequel il se lia d’amitié. Il semble qu’il était beau. Puis il mourut en 19 ou 18 av. J.-C.
Catulle, puis Tibulle, Properce et Ovide sont les poètes de l’âge d’or de l’élégie romaine dont l’œuvre nous soit suffisamment parvenue. De tout le Corpus Tubillianum, seuls les deux premiers livres sont de Tibulle, et le premier seulement achevé. C’est celui-là dont on va lire la traduction. Contrairement à ses camarades, Tibulle s’encombre peu de l’attirail mythologique. Le poète parle directement et ouvre son âme. En ce sens, il est l’un des poètes latins que nous devrions être le plus en mesure d’entendre. Or, force est de constater qu’il n’en va pas du tout ainsi. Toutes les traductions de ses œuvres complètes aujourd’hui disponibles dans le commerce datent de l’entre-deux guerres (1926, 1931), voire… de 1836.
L’élégie est écrite en distiques. Le distique élégiaque est une strophe composée d’un vers plus long (l’hexamètre dactylique) et d’un vers plus court (le pentamètre dactylique). La plupart des traducteurs optent pour la versification ou pour la prose. J’ai retenu une solution plus personnelle en choisissant un vers particulier auquel j’ai recours dans certains de mes recueils poétiques – la ligne de vers. Sa seule contrainte est de s’étendre sur toute une ligne et d’être également justifié à droite de la page. Il rend la strophe non distincte visuellement d’un paragraphe de prose – aux majuscules initiales près. Il accueille très bien les différents mètres classiques ; l’enjambement y remplace la rime (inopérante en poésie romaine). Si ce choix casse la forme de la langue de départ, c’est l’insolite qu’il produit dans notre langue, en y remettant autrement de la métrique quantitative, qui m’a paru intéressant. Il nous la rend à la fois très familière (la versification ne s’y distingue pas de la prose) et étrangère (ça ne ressemble ni à l’une ni à l’autre). Il veut restituer l’inquiétante latence du latin dans notre langue, qui n’en est née qu’en s’en distinguant radicalement.
Etienne Vaunac
ndlr : pour respecter ces choix du traducteur, les textes sont proposés au format PDF.
Nous publions aujourd’hui la première Elégie, il y en aura neuf autres, publiées à intervalles réguliers par groupes de deux.
On peut trouver la version originale du texte sur ce site.
Glossaire de cette première livraison
Auster : Vent du sud, chaud et humide, qui annonce la fin de l’été.
Cérès : Déesse de l’agriculture et de la fertilité.
Lares : Divinités protectrices liées à un lieu.
Mânes : Divinités des Enfers associées aux défunts.
Palès : Déesse des bergers. Elle est parfois confondue avec Cérès ou Cybèle.
Priape : Dieu ityphallique protecteur des jardins et des troupeaux.
Vénus : Déesse de l’amour. D’après Hésiode, Cronos, fils de Gaia et d’Ouranos, émascula son père puis jeta son sexe à la mer. La semence d’Ouranos a fécondé la mer et donné naissance à Vénus.
Dossier et traductions d’Etienne Vaunac