Un extrait de Roberto Mussapi révèle la quête du Simorgh, entre mystique persane, amour retrouvé et sagesse poétique contemporaine vivante.

Ce très beau livre de Roberto Mussapi (né en 1952), La plume du Simorgh, est traduit par Jean-Yves Masson et paraît à la Coopérative (2026).
Jean-Yves Masson a déjà traduit quatre livres de Roberto Mussapi. Il les évoque dans sa note de fin de volume.
Le Simorgh est un « oiseau mythique de l’ancienne Perse niché dans l’arbre de la Connaissance, si vieux qu’il a déjà vu trois fois la fin du monde. La quête du Simorgh par trente oiseaux pèlerins sous la conduite de la huppe formait la trame du Langage des oiseaux, chef-d’œuvre du poète soufi Farid al-Din Attar de Nichapour », nous apprend la notice de l’éditeur. Cette précision est également développée dans une note de Mussapi lui-même (p. 165). Un des poèmes, « La beauté », est traduit par Yves Bonnefoy, auquel Mussapi, à son tour, a écrit un poème, « L’enfance d’Yves » (p. 41).
« Et moi, moi leur semblable et leur frère, moi le poète.
Je connais ce signe invisible depuis des millénaires,
je sais qu’il devint tel grâce à l’enchantement
et au prodige secret du grand oiseau :
il est là-bas, mais pas seulement là-bas.
Je suis parti jadis pour vénérer cette pierre.
Je revins quand j’en compris le sens.
Je revins chez une femme que j’étais en train de perdre
pour n’avoir pas su l’aimer infiniment :
j’en savais trop, et je n’avais pas la sagesse.
Quand je revis ses yeux, alors je compris
que le Simorgh planait au-dessus de moi comme de n’importe qui,
au-dessus du dormeur encore sous l’effet narcotique
d’un autre monde lointain et perdu à jamais,
au-dessus de l’éveillé qui ne faisait attention qu’aux phénomènes,
au-dessus du petit nombre de ceux qui comme moi l’avaient vu.
La pierre m’enseigna que le Simorgh était partout mais n’était présent
que si l’on savait le sentir, le reconnaître.
La pierre silencieuse comme le muet de Damas
me dit : « Reviens, et ne t’égare pas à chercher
ce que tu avais tout près de toi, au fond des yeux de cette femme. »
Et ce n’est qu’en la revoyant que je compris
pourquoi tous, en haletant et nous épuisant
comme de petits enfants, nous cherchions le Simorgh
sans avoir conscience de son secret et de son don :
la vie en sa plénitude, que nous avons tout près de nous. »
(p. 83)
Roberto Mussapi, La plume du Simorgh, édition bilingue, traduction de Jean-Yves Masson, la Coopérative, 171 p., 20 €
choix d’Isabelle Baladine Howald
Lire la note de Christian Travaux sur ce livre.