Philippe Jaffeux, « courants oubliés », extraits, [III/4, Inédits]


Philippe Jaffeux continue à explorer sa grande thématiques électrique, ‘courants’, ici ‘oubliés’ dont il nous a laissés choisir des extraits.


 

Notre folie nous entend à la lettre lorsque nous hallucinons la voie de toutes les musiques.
Commencer par ne plus savoir écrire pour finir par découvrir ce que l’alphabet veut dire.
La présence des animaux sauve tous les arts parce qu’elle réussit à domestiquer la beauté.
Un ordinateur sorcier cristallise au mieux des lettres exorcisées par l’impureté du silicium.
La destruction du vide est impossible puisqu’il est à l’origine de toutes les suppressions.
Le savoir-vivre des chiens nous domestique avec la bravoure cynique d’une morale enragée.
La parole nous écoute enfin lorsque nous entendons ce que les mots ne peuvent pas dire.
Les cercles nourrissent notre avenir avec des cycles qui affament tous nos espoirs vicieux.
Le calcul d’une pensée est trop compliqué pour être soustrait à l’opération d’une idée.
L’ordinateur manipule d’autant mieux nos cerveaux que notre intelligence est un artifice.
Les lettres détrônent la photographie car elles sont les seules à pouvoir révéler nos images.
S’articuler avec des joies asociales pour résister aux entorses de nos sociétés désespérées.
Notre imagination nous alimente si elle nourrit notre peur d’être dévoré par notre culture.
L’alphabet est porté par l’habileté d’un artisanat qui se décharge de la lourdeur de l’art.
Le chaos ira toujours plus loin qu’un concept qui tente de le réduire en une théorie lisible.
Le chant s’articule avec l’origine de la parole car le cosmos reconnait tous les rythmes.
Se souvenir de ce que nous devons oublier pour servir une volte-face de notre mémoire.
Les mots comprennent ce que nous voulons savoir si nous les écrivons pour nous ignorer.
Le pouvoir ne peut pas être un savoir puisqu’il est exclusivement exercé par des idiots.
Les films fuiront notre imagination tant que notre cerveau continuera à faire son cinéma.
Une page atteint le sommet de sa froideur lorsqu’une neige éternelle recouvre sa blancheur.
La musique est le silence se manifestent toujours en même temps car ils précédent la parole.
Les mots commettent l’erreur d’être écrits pour nous apprendre à parler correctement.
La faiblesse invincible des nourrissons conserve notre vulnérabilité dans une force éclairée
Un renversement intempestif de l’esthétique reconnait l’utilité d’une beauté inappréciable.
Les lettres ne nous font pas de mal tant que nous parlons de ce qui ne peut pas être écrit

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Notre corps est toujours trop près de nous pour que nous puissions profiter de notre solitude.
Découvrir la valeur d’un analphabète est plus difficile que de se cacher derrière des lettres.
L’évolution biologique d’un chaos incontrôlable enraye la mécanique d’un ordinateur périmé.
Nous frappons la force chaotique des lettres avec un clavier soumis à la touche d’un ordre.
Les lettres instruisent notre clandestinité pour s’affranchir de notre gloire d’analphabète.
Le vide nous soutient aussi lorsque nous réussissons à ne plus supporter notre présence.
Un sens engagé dans la simplicité d’un jeu dépouille l’austérité d’une jouissance acceptable.
Les lettres nous apprennent exactement ce qu’il nous faut pour être inutile à nos paroles.
Se plonger dans une méditation qui surveille notre respiration pour inspirer le fond de l’air.
Le silence nous rend malade si nous parlons pour nous cacher derrière une psychothérapie.
Se fier seulement aux paroles qui nous prouvent qu’elles ne croient pas en un alphabet loyal.
Le temps n’est jamais libre puisque nous l’occupons toujours pour savoir à quoi il sert.
Une voix fait ce qu’elle peut pour ne pas être dépassées par des lettres qui savent se taire.
Négliger la gentillesse de notre égoïsme pour percevoir la sensibilité de notre indifférence.
Une règle nous désobéit si elle se mesure à des limites qui transgressent notre tranquillité.
L’infini peut être positif ou négatif car il ne fait pas de différence entre le bien et le mal.
La facture d’une phrase est d’autant plus lente qu’elle tente de se mesurer à un instant illisible.
L’origine inépuisable du vide enracine un interlignage puisé à la source végétale d’une page.
Une renaissance survient n’importe quand car elle est illuminée par un hasart sporadique.
Un barreau enferme une phrase qui libère une comparaison avec l’évasion d’une interligne.
Un agencement ordinaire de mots réalise peut-être ce que notre imagination ne sait pas faire.
L’inertie de chaque explication enraye le mouvement irrépressible d’un vide énigmatique.
Les cendres d’une renaissance enflamment un déclin qui éclaire l’envol d’une souffrance.
La part d’ombre d’une pensée habite notre étrangeté si elle fuit une habitude domestiquée.
Tous les malentendus nous écoute parce qu’ils n’ont rien à dire sur une parole inexplicable.
La résistance d’une page se mesure à des intervalles vides pour sonder son monde intérieur.

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L’énergie d’un éveil recueille le rythme d’une respiration qui découvre un souffle spirituel.
L’image énigmatique de chaque lettre nous dévoile tout ce que nous ne savons pas écrire.
Une pensée s’éloigne d’une action pour animer un jeu avec l’activité d’une simple présence.
L’état d’un corps conserve un contact avec la mort pour putréfier une existence corrompue.
Un instant impétueux abandonne une ligne impatiente pour occuper l’image d’un vide brut.
Un contrepoint se superpose sur une fugue au risque d’accompagner des intervalles subversifs.
Un ordinateur qui s’emballe se règle sur le fonctionnement numérique d’un chaos inopiné.
Détourner les pièges de notre raison avec une rafale d’aléas traquée par un corps inquiétant.
Une ligne imperméable à une pluie de lettres se précipite sur un souffle noyé sous de l’encre.
L’atmosphère d’un instant renversé exerce une pression furtive sur une phrase qui se retourne.
Une pulsion apparaît dans l’intelligence d’une animalité qui est moins bête qu’il ne le paraît.
Nos mains touchent la terre d’un rythme si des mots s’appuient sur une danse de nos pieds.
Une idée corrompue par une parole politique se transforme soudain en un funeste commérage.
Notre reflet nie nos réflexions lorsque nous méditons devant un miroir qui nous reconnait.
Jouer à cache-cache avec des mots suspects pour compter sur l’éclat évident des nombres.
Les lettres perfectionnent nos paroles pour nous ennuyer avec une orthographe incorrigible.
Les voyages nous abandonnent si nous découvrons que notre monde est à l’intérieur de nous.
Nos yeux s’expriment lorsqu’ils réussissent à voir une lettre qui se cache derrière un son.
Un geste comprend le mouvement d’une ignorance qui apprend à danser avec des mots.
L’inconnu est nécessaire à tous les savoirs qui s’attachent à des connaissances superflues.
Notre avenir est dernière nous lorsqu’il espère que notre passé devance un présent inattendu.
Le monde nous abandonne si nous accompagnons une pensée avec une attente du cosmos.
Une syntaxe convulsive exprime son insouciance avec des mots inquiétés par des hésitations.
Il ne sert à rien de voir ce que l’on dit puisque l’alphabet réussit toujours à nous aveugler.
L’air féconde parfois nos paroles pour reproduire ce que nos sexes ne peuvent pas engendrer.
Tourner en rond autour d’un cercle pour accompagner la danse vertigineuse de notre planète.

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Un retard prend de l’avance sur notre ponctualité lors d’un rendez-vous avec notre absence.
Nous reconnaissons tout de suite nos visions lorsque le cosmos perd notre terre de vue.
Nos nuits ont peur de la lumière depuis que nos rêves intrépides éclairent notre obscurité.
Le climat d’un temps habité se mesure à l’activité d’un jour avec des heures nuageuses.
La musique d’un bruit nous parle au mieux si nous explorons l’intensité vibratoire du chaos.
Les lettres refusent d’être définies parce qu’elles sont les seules à pouvoir expliquer les mots.
L’élan d’un malentendu nous attend si notre patience n’a plus le temps de nous comprendre.
Diffamer des mots qui se parlent entre eux au risque de propager la rumeur d’une phrase.
Le vide nous équilibre lorsque nous imaginons qu’une joie est identique à une souffrance.
Chaque effet du hasart reconnait la cause d’un jeu qui interroge le sens de toutes les origines.
Une phrase paresseuse attend d’être supprimée afin de ne pas fatiguer un éventuel lecteur.
Les intervalles sont pris de folie lorsque leur lumière tente d’éclairer une page blanche.
Notre voix nous trompe parce qu’elle sert des lettres qui manquent à leurs paroles illisibles.
Les mots ont besoin les uns des autres pour rester indifférents à la logique d’une phrase.
La matière d’une distance unit une mesure avec une intimité qui sépare un corps d’une voix.
Une pensée comprend une idée si elle s’exprime avec des mots qui n’ont pas d’opinions.
Attendre que notre patience soit supportée par notre lenteur pour endurer un sens infernal.
Imaginer une phrase qui élargit tout à coup ses intervalles pour mettre le vide en mots.
Savoir ce que les lettres ignorent ne suffit pas à vouloir ce que nos paroles peuvent faire.
Le hasart joue avec une faute pour mettre à l’épreuve une conscience trop présomptueuse.
Le vide coule à propos entre des phrases pour définir ce qu’elles ne sauront jamais contenir.
Nos cadavres vivifient une terre qui alimente des plantes appelées à nourrir notre animalité.
Se glisser entre des pauses et une course pour insuffler l’élan d’une pensée discontinue.
Un équilibre fabrique les rebonds d’une énergie posée sur le ressort d’une folie créatrice.
Hanter notre corps avec notre ombre pour être possédé par les fantômes qui nous habitent.
Une erreur interprète l’expérience d’une phrase inutile pour innocenter l’échec d’un effort.

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Nos lacunes abreuvent une curiosité qui est indispensable à notre soif de connaissances.
Notre identité franchit le cap de notre personnalité si elle est à la croisée de plusieurs voies.
Une page perdue entre des intervalles simplifie la complexité d’un labyrinthe inextricable.
Les lettres nous ouvrent les yeux parce que notre parole obscure ne suffit pas à nos éveils.
Un ordinateur usurpe notre intensité pour alimenter les abus d’une technologie insipide.
Des lettres écrites sur un miroir reproduisent l’envers d’une page copiée par un écran.
Des instants instables amplifient des crises qui traversent notre équilibre complaisant.
Nos ombres radieuses éclairent notre obscurité car nos jours dépendent de nos rêves.
Le rebond d’une joie intercepte un instant qui nous surprend pour nous quitter aussitôt.
Les mots commencent enfin à devenir sérieux s’ils jouent avec des lettres enfantines.
Nos doigts interceptent des lettres pour que notre corps mette la main sur notre cerveau.
Essayer d’être compris par des sons dès que nos voix réussissent à ignorer nos paroles.
S’avancer vers le flamboiement d’une peur pour être aveuglé par le but de notre recul.
Une phrase pénètre un instant omniscient lorsque ses mots ne savent plus ce qu’ils font.
Les touches noires et blanches d’un piano assourdissent le contraste d’une page injouable.
Une phrase reproduit des interlignes fertilisées par un vide qui avorte un contraste stérile.
Un objet attend que nous ne le voyions plus pour se transformer en une chose inutile.
L’alphabet se retire dans la discrétion d’un silence exposé à la projection d’une ombre.
Les mots révèlent leur savoir s’ils tordent des phrases qui nous enseignent à avoir tort.
Notre intelligence peut toujours être mise en doute tant que notre folie n’est pas certaine.
Une phrase danse sur une ligne de mots pour marquer la cadence d’une image lisible.
Une pensée ajustée avec la valeur d’une action donne une place à une erreur opportune.
Une peur commence à nous craindre dès que le pouvoir de notre imagination nous effraye.
L’expérience d’un alphabet immémorial oublie les mots qui rêvent d’être toujours neufs.
Peser la valeur d’un renversement pour apprécier la puissance immensurable de la gratuité.
Le sourire d’une phrase est toujours trop plat pour contracter les coins de notre bouche.

©Philippe Jaffeux, extraits de Courants oubliés (inédits)