Pauline von Aesch, mon antérieur visage, (III, 12, anthologie)


Une poétique de la précise tenue au monde, sur un simple fil de présence et de ‘non-être’, maîtrisée et fluide.


 

maintenir horizontal au monde ce peu

faire demeure, l’égale d’un fil

je dis — la même que toutes et tous

(p.11)



la présence formait ce point


une membrane et puis une autre, plus mystérieuse encore

une histoire va commencer, très exacte


les tremblements nécessaires des craintes (scintillements)

d’où part la ligne

une transe agglutinée à de plus grandes

l’ébauche

on touche à quelque chose de très grand


un peu plus loin

(p.12)



faire un effort

ce qu’il reste de l’effort aussi fait un effort


dire cela

des petites paroles qui sèchent

elles prennent de la hauteur parmi ceux qui restent


haut je l’ai tenté parmi tout ce que je pouvais dire de bas

(p.16)



une inversée nue


tout décalage semble vivre en bas

nommée par cet autre nom (souvenir)

la seconde me troue si la première m’allonge


je suis le résultat, la suite ou l’accident


preuve d’un miracle

duquel il est impossible de garder l’effervescence

ce qui ne prémunit pas de l’échec

(p. 27)



nous habitons cet enfoncement répétitif

dont les lois dressent les arches (cosmos)

du dessus et du dessous

(elle est par l’exemple d’elle et meurt pour son exemple)


l’effacement et la révélation nous éclairent selon deux principes

mais leur ombre se couche dans un même lit

infime — ce point de nulle part

(p. 41)



l’œil brulait par ce feu


depuis la partie haute le mur de la maison

recevait les feuilles et renvoyait les fruits

(p. 58-59)



du bout de la pensée on pouvait toucher les choses

la tête était le feu


de lourdes pierres si la terre les acceptait

(p. 75-76)



je marche chasseur dans cette vie de glaise

(p. 78)


Pauline von Aesch, mon antérieur visage, Eric Pesty 2025, 85 p., 18€

Choix d’Isabelle Baladine Howald