Une poétique de la précise tenue au monde, sur un simple fil de présence et de ‘non-être’, maîtrisée et fluide.

maintenir horizontal au monde ce peu
faire demeure, l’égale d’un fil
je dis — la même que toutes et tous
(p.11)
la présence formait ce point
une membrane et puis une autre, plus mystérieuse encore
une histoire va commencer, très exacte
les tremblements nécessaires des craintes (scintillements)
d’où part la ligne
une transe agglutinée à de plus grandes
l’ébauche
on touche à quelque chose de très grand
un peu plus loin
(p.12)
faire un effort
ce qu’il reste de l’effort aussi fait un effort
dire cela
des petites paroles qui sèchent
elles prennent de la hauteur parmi ceux qui restent
haut je l’ai tenté parmi tout ce que je pouvais dire de bas
(p.16)
une inversée nue
tout décalage semble vivre en bas
nommée par cet autre nom (souvenir)
la seconde me troue si la première m’allonge
je suis le résultat, la suite ou l’accident
preuve d’un miracle
duquel il est impossible de garder l’effervescence
ce qui ne prémunit pas de l’échec
(p. 27)
nous habitons cet enfoncement répétitif
dont les lois dressent les arches (cosmos)
du dessus et du dessous
(elle est par l’exemple d’elle et meurt pour son exemple)
l’effacement et la révélation nous éclairent selon deux principes
mais leur ombre se couche dans un même lit
infime — ce point de nulle part
(p. 41)
l’œil brulait par ce feu
depuis la partie haute le mur de la maison
recevait les feuilles et renvoyait les fruits
(p. 58-59)
du bout de la pensée on pouvait toucher les choses
la tête était le feu
de lourdes pierres si la terre les acceptait
(p. 75-76)
je marche chasseur dans cette vie de glaise
(p. 78)
Pauline von Aesch, mon antérieur visage, Eric Pesty 2025, 85 p., 18€
Choix d’Isabelle Baladine Howald