Dans ‘Le Reste de nos âmes’, Patrick Laupin interroge la fragilité humaine, le silence, l’enfance et la dignité des pauvres.

Dans Le Reste de nos âmes, Patrick Laupin poursuit une œuvre profondément ancrée dans l’exploration de la vulnérabilité humaine. La parole du poète tente de saisir ce qui subsiste après les fractures de l’expérience de vivre.
Qu’est-ce qui demeure lorsque les identités se fissurent, lorsque les liens se distendent, lorsque le langage lui-même semble insuffisant ? Ce qui demeure après tout, n’est-ce pas « le rose bleu pâle de la neige », « l’ardeur de la lumière à nous connaître » ?
Le « Reste » trace un espace liminaire où l’écriture devient le geste pour sauver, la main tendue à l’ami et à l’inconnu.
Patrick Laupin donne voix à des existences marginales, douloureuses, marquées par la solitude et la perte irrémédiable : « Humbles, graves, dignes, courageux, regards droits qui s’en vont sur la mer », mineurs de fond dans les entrailles de la terre, ce sont eux qui portent le vrai comme leur échelle à l’épaule : « Nous apprenons à vivre à l’ombre bleue de leur pardon ». Eux qui ont l’aube et les rivières, rebâtissant inlassables ces châteaux de sable dans la brûlure du vent.
Le poète ne défie pas le silence, il lui accorde sa foi et lui voue son espérance, comme Plotin venant à l’Un par le chemin des amandiers en fleurs. Sauvé par « les fougères, la mousse et les lichens » qui bordent la route des siècles.
Que vaut le poème, demande Patrick Laupin, auprès des ormes de la vallée bleuie, du cosmos et des groseilles ? « Le seul poème qui vaille serait un empire de silence pour peu qu’on en soit capable. » Que vaut le poète auprès des enfants, des « figuiers solaires » et de l’osier des corbeilles ? Peut-être apporter une parole à la lèvre sèche où la source de la vie menace de tarir, reprendre dans ses mains l’eau vive des larmes et de la mer, et nourrir l’assoiffé qui meurt auprès de la fontaine…
L’écriture tente alors de restituer une dignité à ceux que le monde tend à invisibiliser. Le poème devient l’auberge où venir se reposer à la fenêtre de silence, « la complainte disparue de ceux qui n’ont rien », juin retrouvé avec « l’eau calme du repos », l’arbre et la prière.
Avec ce livre, le poète honore « le sacré des pauvres gens », dont il est, infiniment, un frère. Le poème est vie, éveil sous la tonnelle où renaissent « le rire sacré du dragon, le souple équilibre d’un chat, le parfum des brins de lavande et des feuilles de glycine ».
« Même mourir a une fin », et le poème est éternel recommencement, éternel retour au « siècle bleu » de l’enfance, et revoir la colline où apparaît l’ombre du petit ramoneur. À la fin, peut-être, « nous ressemblerons à la rivière ».
Guillaume Dreidemie
Patrick Laupin, Le Reste de nos âmes, poèmes de la maison du silence, La Rumeur libre, 2026, 20€
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