Tout près du silence, presque silencieux entre deux arbres : extraits d’un livre d’Olivier Gallon, pour un été de murmures.

« Ignoré le nom de la destination. Ignorée la destination. Ce n’est pas un retour à un lieu connu. En de telles circonstances d’espaces tour à tour traversés, dans l’encore alternance de saisons chaudes et froides, de jours et de nuit, demeure le passage du temps. En ces changements, ces variations d’apparences, le destin trouverait matière à s’accomplir. Face à ce qu’il ne se pourrait être question d’y échapper, à ce qu’il se pourrait au contraire qu’il en soit autrement (en présence les moyens et les ressources d’en sortir), l’hypothèse vacille. Sans durée l’idée du destin de referme. Suivant le coup d’une décision prise, nous poursuivons notre route. Notre véhicule abandonné dans l’espace d’avant, soudain dans un autre, c’est à pied que nous évoluons à grand peine sous un ciel blanc bouché.
(p.14)
C’est un nom de personne qui se devrait de n’être pas prononcé. Pour une raison inconnue, il dépendra de ce nom de taire le tien, si lui-même se devait tu.
Rien ne dit la raison pour laquelle je ne devrais pas le prononcer d’abord.
C’est par le tien, que je suis comme lui censé connaître, que je devrais commencer par taire un nom.
Ce serait à la suite tous les noms, a commencé par celui qui, sans raison connue, précédait le tien : le précédant, il dépendrait à ta demande que ton nom soit le premier à n’être pas prononcé.
Insituable en devient l’origine. Qui de l’un qui de l’autre, sans avoir été là chacun prononcé, serait l’instaurateur d’un tel silence ?
Si par ce nom, par lequel entre le silence, se présente le premier à ne devoir pas être prononcé, c’est à ta demande le tien qui se devrait de le précéder. De sorte que d’un seul, les autres noms cesseraient à leur tour d’être prononcés.
Un nom, s’il y en a un, que je ne connais pas, pas plus que le tien duquel ils se distingue, que pourtant je ne dois pas prononcer pour n’avoir pas à prononcer le tien par lequel je dois commencer, entraîne pour ainsi dire de ne plus en prononcer un autre.
Sûrement de second, le tien se devant d’abord de n’être pas prononcé serait le premier. Devenu l’initiateur, sans l’avoir été d’abord, d’un bord à l’autre le silence enfermerait chacun infiniment.
« Commence par ne plus dire le mien. », cependant qu’un autre nom que le tien ne se doit pas d’être prononcé.
L’autre dont je ne devrais pas prononcer le nom, par lequel toutefois je ne dois pas commencer, l’ignore.
En ce lieu sans nul autre pareil, à moi seul tu t’adresses et moi seul l’entends.
« S’il y a un nom… », ce n’est donc pas une certitude. Ce n’est pas exactement un lieu.
(pp. 18-19)
Lettres sans lettre, absente sous forme écrite. Forme qu’elle peut être. Blanc vestige d’une présence passer sans plus de visibilité sur la page. Cependant qu’elle influence de sa couleur sonore la lettre qu’elle précède, quant à elle bien visible à l’écrit, son existence s’apprend. Et de cette absence de visibilité retourner en présence sonore, l’une et l’autre lettres vont aussi par deux.
…
Mais il est encore une autre absence remarquable, par ailleurs commune à une autre langue : c’est ici celle du temps du verbe être au présent à la première personne du singulier comme à la première personne du pluriel.
Le Cogito de Descartes, ainsi profondément bouleversé, se pourrait être traduit par : « je pense donc je. » Ce qui dans sa forme négative donnerait quelque chose comme : « je pense donc je ne pas. » Soit encore « Je est un autre » pour Rimbaud…
L’invisible lettre « est » ne peut pareillement s’écrire au présent de sa présence : aussi, « était » – elle
Absence sans que sa disparition n’ait au fond elle-même disparu. C’est pourquoi l’absente, l’invisible lettre, est restée à l’oral ; ou dans sa tête ou en rêve s’entend.
(pp. 39, 40, 41)
Un oiseau est
tous les oiseaux
dans le récent
feuillage
et dans l’air
mouvante signature
tracée sans savoir
si
du feuillage
il est
sorti ou bien
encore
(p.5)
Olivier Gallon, Phrase entendue dans un rêve, La Barque La Nerthe, 2026, 75 p., 17€
Choix d’Isabelle Baladine Howald