Poésie fragmentaire explorant dérive, corps, nature, mémoire et douleur, où l’écriture affronte le chaos pour préserver une fragile liberté intérieure

bienheureuse richesse de l’espace ce qui est au-delà du poids ça pèse tous les jours forcément inévitable spectacle de transformation tandis que la lune imaginée n’a plus les mêmes sens qui remontent au fur et à mesure la chute en parallèle une grande randonnée aussi naturelle d’existence artificielle il n’y a rien qui ne soit le moment clé un peu ignoré cette continuité infiniment longue à exister ce qui est extérieur d’épaisseur désespérée justifie les milliards d’années délicates déplacées territoires éloignés d’un monde fantôme unique vivant qu’il faut percevoir essayer de dire avec mes mots cette sensibilité soudaine qui s’installe avec la vie en apesanteur
la voix grave mélange des fantasmes savoir crier comme il faut incapable d’y parvenir il faut être droit l’exigence d’une confrontation brutale de côté un combat douloureux qui se fait lumière ça produit autre chose chaotique phrase de l’étrange ce qu’on fait pour regarder ce qu’il en reste pulvérisé inconsolable limite qui résiste toujours une telle parole qui engourdit les tentations un geste brisé d’où part l’écriture discontinue compulsif dialogue insomniaque sous les lourdeurs du réel on a l’impression d’éclairer la tragédie assumée inexorable suite en dehors de la raison à l’inquiéter
aux nuages qu’on ne devinait pas c’est une aventure gigantesque à aimer malgré tout corps et âme jamais rencontrés l’inventivité retouchée avec un œil petit format il faut absolument se rendre compte de ce qui s’est passé au même moment la première main humaine signe un monde réel une identité à la chaîne sous un autre angle ça fait sens pourtant on imaginerait trop les images qui s’y trouvent assimiler cette langue centrale y revenir à travers les marges saisissantes un choc face au vide chromatique cette acidité profonde coule du chemin couvert de glaise itinéraire inouï de la grande question hors du clair-obscur
être invitée à l’abri approcher l’histoire trouvée du sentiment toujours à moitié imaginaire ce lever de soleil chez moi dans l’herbe troublée de sommeil généreux amour de coton vert pâle avant d’écrire la trouille des dangers d’épineux humains précieux comment la chasser à l’aube infatigable j’ai payé le prix dans cette vallée le danger toujours l’enfreindre jusqu’au délire et je retourne le monde et ma raison qui chemine cet automne morose en quête d’un peu de dépaysement intermédiaire sang de pigeon comment résister tout se confond dans les décors de ma boîte crânienne à l’envers des habitudes légendaires prodigieuses hors de moi-même tout est là la férocité sublime au grand cœur et les colères cachées pour tous dans l’ivresse qui peut dire où je m’engouffre
vérification suspecte des atours verdâtres près des vignes plus trop vierges ça s’active tout autour c’est le temps de la vendange c’est le temps aussi de se poser les questions périlleuses en tout point manifestation bucolique ou scepticisme décadré on s’en passerait de ces vermilleuses langues à ne plus savoir qu’en faire pourtant le ciel est là cliniquement tout fonctionne on pourrait même se dire qu’en des instants de nage bouillonnante en rivière belle on s’est crue heureuse un court souffle presque repu mais ça bascule de nouveau dans l’immédiat tranchant quoi faire que se dire encore une fois que ce chaos qui s’accroche aux veines injustement mortes doublement mortes mission en dégât noueux comme si j’y arrivais plus pourtant il faudrait
vers une suffisance de l’ivresse impartiale battue sans fond le livre se fend dans les pensées douteuses manque de germes à ternir une vertu toute faite bien faite les excuses pour solde de tout compte se ménagent des abris de terre replis d’abus déglingués en toute heure je me confonds avec le lustre des mots lancés de pierres ennuyeuses qui n’atteignent jamais ou peu leur but défaillant ou presque d’asymétrie poreuse comme support interne j’y réfléchis pourtant toujours en limite sur une courte corde raidie en arc sitôt déplacé comme pour faire venir la chute commune façon de s’extraire ou de s’appuyer sur des coudes bien amères chinoiseries os qui sèchent en attendant le grand jour déballage je me planque dans mes replis furtive obsession d’étreintes parfumées de fièvre gelée quand sera l’heure des tournées baltringue on s’envolera jusqu’à mi-cuisse certitude au long cours jamais cernée je me demande d’où vient ce vent d’aphasie précieuse il est temps de s’écarter des ombres peut-être
ce qui se passe autour de la maison est si peu visible des petits pas en rond des maintiens arc-boutés parfois un corps qui ne répond plus des articulations qui se bloquent et crient de douleur plutôt que la bouche qui se ferme au hurlement il y a toujours de la vie dans les arbres aux feuilles jaunies derrière les troncs qui se pèlent aux cors de cerfs les ébauches sanguinaires des sangliers on est pas tout seul même dans le silence d’une marche vaincue par extrême fatigue parfois la vision ahurie d’un chevreuil au ralenti plus haut un chamois aux aguets un lièvre qui se prend pour un renard roux les doux cercles volants des milans amoureux on a de la chance de voir encore tout ça avec la joie qui sort comme un diable d’une boîte au noir ou longue patience
comme un lointain bercement obsolète virage à décadence surfaite ou alignée en obliques sensations je me tiens par devant mais juste en retrait de toutes ces vilaines méfiances à demi sombrées vers qui me tourner maintenant que le vide s’est élancé joyeusement les lignes de la morte filaire se croisent un peu plus loin déchirement instantané pas de panique à bord les brûlures s’opèrent de façon sacrificielle en substance on anéantit le moindre sursaut d’égo et pourtant revenir encore seule roulis surabondant d’extases mauves en surplomb je découvre mes humeurs rachitiques pour une bienséance et fratricide expérience de longue haleine dominer les égarements incongrus d’un noyau plus que cerclé j’y suis toujours lasse mais déterminée valse désabusée aux miels prudents que vais-je découvrir à ce rythme incessant claque mangée à chaque pas qui vacille je tomberai vers mon unique pâleur d’hiver pour ne retenir que vive douleur d’après vous
en sourdine presqu’à reculons s’agenouiller devant des blessures arc-en-ciel bénites ou collantes circonférences d’un mal azuré de gré ou de force s’en tenir à pure vérité cyclique ne pas déranger les zones d’ombre frelatée s’archiver des esquintes en préambule primaire il n’y aurait qu’un pas à franchir laisser faire revenir puis tout abandonner pour redevenir amnésique lucarne d’enfance biaisée je m’enfonce encore quoi d’autre pourrais-je retrouver un souffle humain il me manque l’espoir des bêtes traquées par finition ordonnée seule la langue amère retroussée jusqu’au vulgaire je tourne aux envers d’un jeu factice de surface plainte outrage échappé du lointain festin orgasmique
vous pourrez me dire à quatre mains un certain nombre de choses effrayantes produire une récapitulation raccord avec l’élan à la liberté sans revenir à ce mouvement de l’intérieur saisissant de ce désir prononcé horizontalement de l’un en deux il faut accepter une approche nécessaire de la personne amoureuse des directions de fuite qui accompagnent l’œuvre disparate de mémoire impénétrable j’avais quitté la perception de nos habitudes cette petite importance qui donne envie de transformer ce moment cette trajectoire brusquement passionnante une espèce de coup de cœur par hasard de s’y perdre ça nous donne l’écriture impossible d’en faire une autre lecture posthume ce que racontait l’écho particulier devenu à deux une interrogation essentielle à la pensée en devenir perdre tout un tas de choses diffus folle raison des attachements humains continuer à avoir une forme visible pas vue à lui par pur échec d’ailleurs une sorte de sécession d’une extrême violence en flash-back exemple les roses vertes ne galoperont jamais c’est dommage
Jos Garnier, dérive, PhB éditions, 2026, 80 p., 10 €
choix d’Isabelle Baladine Howald
Un temps lectrice à domicile, comédienne, co-fondatrice d’une petite compagnie de théâtre où s’entremêlaient plusieurs disciplines, Jos Garnier a pratiqué la musique, la danse avec la découverte, tardive mais incroyable, du Butô où vie et mort se rejoignent. Aujourd’hui installée sur un chemin de Drôme au pied du Parc du Vercors, elle se consacre particulièrement à l’écriture, « seul refuge face à l’innommable ». (sur le site d’un autre de ses éditeurs, Bruno Guattari)