Poésie dense, noire et mythologique, ce livre Ussmëll déploie visions organiques, funèbres et hallucinées dans une langue puissante, obscure, fascinante.

Après deux lectures de Ussmëll et autres poèmes noirs, je suis bien ébloui par une écriture, mais je renonce à cette heure à écrire une note de lecture, exercice difficile. Je n’injecte pas ici la présentation du texte par l’éditeur*. Ce texte est dense, ample, mythologique et référentiel, mais il est bien plus que cela. Le lecteur y travaille comme devant un poème de William Faulkner. Texte pour les écrivains en premier lieu et les amoureux de langue. Me tarde d’en parler avec mon ami Matthieu Lorin parce que j’ai le tournis devant l’inépuisable et souhaite interroger mes zones d’ombre de lecture et ses mystères. Des extraits du textes diront mieux que moi le texte.
Christophe Esnault
forêt là où tu demeures
sur le fil des limbes
ces têtes humaines Ussmëll
l’écorce-autel
de la mère—momie
tête de petit dur
d’écorché gris-monde crissant parfois
avec au-dessus une planète de fer
marcher dit-il avec les voix de la soeur
agneau ou semeuse de sang
au-dedans elle et ses essaims pour le feu
(Page 9)
*
ainsi tu admiras
la fière sorcière
sa chevelure de plumes
chevauchant l’oiseau-squelette
image morte statue ivoirine
une coquille d’escargot lui faisant un oeil aveugle
et l’autruche ramenée à son armure osseuse
la face lunaire du défunt stégosaure
becs durs reposant dans cet écrin d’ombre
(page 30)
*
à demi enterré
dans la rouille et l’humus
émondé de bras et de jambes
— si inconfortables paraît-il
il était semblable
à une poule humaine
ses yeux bleus-gris aveuglés
souriant de toute sa face
à l’aimante lune
(page 48)
*
malaxe dans la mare l’étirement de ta chair l’ombre noyée dans
l’épaisseur glaiseuse martyr innocent grogne branches nénuphars
tu es grenouille accouchant par la bouche nuée qui nage hume du
chaos l’odeur informe de nuit le placenta comme un chant de boue
l’humus la voix au goût de fleur
(page 77)
*
ne renie pas, soeur
cette lueur du chagrin,
les chaumes
et les feuilles mortes ;
tes paumes, liées par mes cendres,
araignée morte
en ton corps d’automne,
aime ce qui fut,
ronces et silence
les bêtes mâchant le jour
(page 83)
*
dans ce désastre
mur linceul — la lune pauvre de l’après-midi
le front émaillé de stigmates
les maigres lumières du rêve
à l’ombre des eaux
l’arbre devint pourpre puis se dessécha
en silence, près de ta tombe
(page 96)
Choix des textes Christophe Esnault
Jean-Michel Maubert, Ussmëll, Editions du Bunker, 2026, 100p., 15€
*On peut découvrir cette présentation, ici
Poesibao publiera ultérieurement un entretien avec l’auteur.