Jean-Marie Gleize nous a quittés tout récemment, laissant beaucoup de tristesse derrière lui mais aussi la nécessité de le relire.
Présent à la clarté de l’encre
à Jean-Marie Gleize
« Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir. »
Francis Ponge, Éclaircie en hiver
1.
Jacqueline nous avait présentés
Enthousiasme des années 80
Amitié aussitôt nouée
Niaque de l’étude puis Nioque
–
Mots défiant la cruauté de l’espace
Aix élégie pour dire ce qui est
Réalité dure à étreindre quand l’
Image se ferme sur sommeil
Écroulement comme sacrifice
Géographie d’une vérité intense
Léman dis-tu lac et lacune
Écrire sans arrière-pensée
Inconnu traqué des nuits et des nuits
Zénith d’une lutte où mort et vie
Engagent la langue du poète
2.
Justesse qu’opère l’œil qui vise
Exigence que tu imposes au livre
Arbre tombé en poussière
Néon, non toute phrase est lisible
–
Maintenant mains dépliées
Alors, que faire ?… ayant tassé la terre
Reprendre l’histoire de la huppe / blanc
Intérieur d’un paysage où désert diurne
Énonce un ordre qui ne se voit pas
Guerre raconte le paysan Damas est
Loin et les oiseaux parlent la langue du vent
Enregistrée dans une bande-son
Inutilisable à la revue ce n’est pas langue mais
Zézaiement de fragments
Étouffés dans la diagonale d’un bleu
3.
Jour immobile parenthèse trou d’une
Écluse à Tarnac cette vérité géographique
Aperçue jadis à Carthage Wuhan ou Gananobie
Nothing but… blanc sans mot à dire
–
Mirage flottant à la faveur du sommeil
Appel muet d’un souvenir
Réduit à la cendre du campement
Invariable évocation du poète
Errant son royaume confisqué
Glissant à l’instant de l’horizon
Lieux de l’autre histoire les mêmes
Endroits — épaisseur aveugle — foulés fouillés
Instances concrètes mouvements
Zigzag de l’obstination à débusquer l’
Écoute du poème
4.
Jonction là où poisson au bord de l’eau
Échappe au cercle des représailles
Auréole inscrite dans une lumière
Nue délimitant le trapèze strié au cœur
–
Miroir jardin clos un livre
Aveugle au noir de fougère
Regain d’une tension une prose
Illusion dans les bras du père
Évitant le rouge dans les images
Gare au brouillard marbre de Numidie
Légende suite au retour d’Ulysse pulvérisé
Étranger n’osant pousser la porte
Invisible tant l’absence a duré puz-
Zle défait sur le sol rocailleux à
Engendrer un bain de sang au palais
5.
Jettatura souvenir d’une lecture l’
Enfant enchanté par le livre d’images
Applaudissant chaque trait
Nerfs à vif à l’aplomb du ciel
–
Mille nuits et pas une ombre s’
Aventurer dans les pages d’un
Roman on dit à l’eau de rose
Insinuation d’un joli Crime
Étourdissant le boulevard
Graffiti ovationnant l’émeute
Lumineux les pavés sur la plage
Envahissant usines et trains de marchandises
Indications retirées des
Zones interdites toute guerre cessante
Éternité retrouvée en chemin
6.
Je ne sais pas dis-tu ce que je vais
Écrire je commence sans plan
Autrement dit guidé par les mots qui
Naissent sur le bout de la langue
–
Manifestement ça marche plutôt sans
Angoisse outrancière tracer les signes noirs
Revient à se fondre dans la réalité
Inépuisable de chaque ligne muraille
Élevée au cœur d’un bleu incohérent
Grande satisfaction en fin de compte
Libérée la phrase te salue l’air
Égrillard arc tendu pour soutenir l’épreuve
Invité à tirer toi aussi un peu de
Zèle au milieu des convives flairant l’
Engrenage d’un dérèglement de tous les sens
7.
Jeudi la semaine a fini le décompte
Écran se brouille silence pour lever les yeux
Attraper le nom d’une ville DAMAS
Nature morte dans le paysage
–
Marcher au milieu d’une forêt obscure
Accompagné du guide vigilent
Raies d’eau dans l’herbe grasse
Infortune étal de couleurs vives s’
Effaçant à mesure que temps se noie en route
Généalogie du poème à suivre Mal-
Larmé au fond du couloir rivage où l’
Eau froide et noire amplifie le volume
Intérieur richesse instantanée à Saint-
Zénon sur la porte deux femmes t’invitent à
Entrer te faisant le don du poisson de source