Françoise Clédat poursuit une œuvre forte, à part. Nous avons choisi de vous présenter quelques extraits de son dernier livre.
Vieille je vis une vie qui continue dans la vie mais séparée de la continuité de la vie.
Quand j’écris pour écrire le monde je me sépare du monde tel qu’il continue de se transformer à l’extérieur de moi.
Quand j’écris pour écrire le cancer je me sépare du cancer tel qu’il continue d’évoluer à l’intérieur de moi.
Cancéreuse si j’écris le cancer je n’écris plus le monde ?
Le cancer est-il devenu le monde ?
Ma proche disparition du monde est-elle devenue le monde ? (p. 23)
*
Forme
Serait
Une émotion de la forme
Où la forme
Serait
L’émotion
La chercher
— forme —
Pour dire
ce qui déforme
Forme soit
La déformation
Charnelle
ou processus
formelle devienne
la disparition
Formelle
Ou Processus
Charnelle demeure
La disparition
Poème
La forme
Qu’ajoute à disparaître
ma déformation. (p.45)
*
(Titres et citations
sont mode de relation
miroirs-mémoires
médium
d’une extériorité vive
quand l’âge venu
l’expérience de vivre
– son courant enserré par la pétrification des parois –
toujours plus s’intériorise
– ne pouvant élargir l’exiguïté
la creuse –)
(p.87)
*
L’identification importe peu vent fièvre ailes becs ou tout autre
mode d’activation
mais que cette vision soit un son…
(Mon enfance est
une pré-enfance
comme on pourrait dire pré-écriture
ou élevage
– granges barges étables – )
(p. 119)
Françoise Clédat, Le reflux lyrique, Tarabuste, 2024, 123 p.