Nous apprenons avec une très grande tristesse, Isabelle Baladine et moi, la disparition du grand muséographe et poète Christian Bernard.
A la suite de la parution de son dernier livre, Elégies anciennes, à l’Atelier contemporain, nous avions mené une conversation autour de ce livre :
Judicaël Lavrador dans Libération : « Le commissaire d’exposition et directeur de musée, qui a contribué à révéler toute une série d’artistes aujourd’hui sur le devant de la scène, est mort jeudi 6 août à 76 ans.
Il venait de se voir décerner le Grand Prix de l’Académie française de poésie. Car, il écrivait et publiait, sans le faire trop savoir, dans des maisons d’édition indépendantes. Son dernier ouvrage, paru cette année, illustré par le duo d’artistes Hippolyte Hentgen, s’intitule Fabules, un bestiaire poétique aux vers serrés, concis, pris entre La Fontaine et Ponge, décrivant Tigre («un zèbre approximatif») ou Mésange (qui, «son nom le dit, n’est pas un ange») ».
“J’ai oublié les villes
où j’ai vécu où
j’ai séjourné où
je suis passé où
j’ai laissé des mues
phosphorescentes.”
(p. 70)
Et je me permets de reprendre ici quelques mots d’un mail qu’il m’avait adressé en mars dernier, notamment parce qu’ils annoncent plusieurs futures publications :
« Je suis très impressionné par l’attention que vous portez l’une et l’autre à mes élégies et comment vous touchez toutes deux des points cruciaux du livre.
Les éloges me font vibrer de soulagement. Les élucidations me font trembler de joie.
Au regard des acteurs du champ de l’écriture poétique, je n’existe pas, je suis au mieux un intrus, une curiosité tardive. Sans doute ai-je aussi le tort de publier des textes aux registres très différents. Les Fabules dont je poursuis l’écriture, les Morceaux choisis et les Nouveaux Morceaux choisis qui sortent ces jours-ci ne me placent pas du côté des titulaires. Le hasard des sorties de ces publications brouille les enjeux d’un livre comme les Elégies anciennes.
Cet automne, Deyrolle publiera un recueil intitulé Prendre langue qui me ramènera du côté patte blanche… L’an prochain, un autre recueil, Nuit tombée, paraîtra à L’Atelier contemporain. Plus de 200 poèmes en tout.
À vous lire, je suis troublé à l’idée que cette veine quasi élégiaque recèle encore des possibilités qui me donnent le vertige…
Isabelle Baladine Howald et Florence Trocmé, le 9 août 2026