Claudine Bohi, « À tâtons dans le siècle », (III, 7, anthologie)


‘Est-ce un combat caché que nous livre le sens » interroge ici Claudine Bohi en regard de photos d’Adrienne Arth.


Œuvre de Renaud Allirand


Diagonale de l’ombre
où c’est l’horloge qui revient

nos mains ont fui depuis longtemps
nos mains ne recouvrent plus rien

nous arpentons des villes
des chemins de traverses aussi

nous reconnaissons le monde
à sa musique oubliée

dans son éloignement

toutes les portes sont ouvertes
mais nous ne pouvons plus entrer nulle part

p.58

🌿


Cascades de pierre
où le siècle se déshabille de lui-même

un si grand désespoir n’est pas raisonnable

est-ce une maladie une épidémie peut-être
et dégringolant d’un vieux ciel avarié

serait-ce un défaut de vision

une sorte d’usure triomphante
une vieillesse du jour

est-ce un combat caché que nous livre le sens ?

ce soleil est factice
qui dévale sur nous

et remplit tout l’espace de son absence programmée

p.60

🌿

Chiffon des signes où bleuit le silence

quelque chose est tombé
quelque chose s’est aplati

est-ce nous est-ce vous cet œil perdu ?

une grande marée sèche nous a envahis
qui ressemble au désespoir

un étouffement si long et si rude

peut-être avons-nous oublié avons-nous falsifié
peut-être avons-nous manqué ?

vous le sentez, il y a comme une faute partout cachée

p. 66


Claudine Bohi, Adrienne Arth, À tâtons dans le siècle, préface de Béatrice Bonhomme, collection duo, les Lieux dits, 2025, 93 p.
C’est un très beau livre, les poèmes suffisent, sans commentaires.
Le travail de photographe d’Adrienne Arth est tout à fait remarquable.
Isabelle Baladine Howald

Claudine Bohi publie également Passage secret, préface de Pierre Brunel, La rumeur libre, 2025, 105 p., 18€

 

image d’Adrienne Arth