Claude Minière a confié à Poesibao cet ensemble de poèmes d’un nouveau genre, qui tournent autour de quelques grands auteurs
Poésie & Vertu
(sur les Essais, livre I, chap. 36)
Il y a-t-il encore des hommes vertueux ?
Que la poésie puisse les dire
vert, vertige, vertèbre
« Ce siècle est si plombé », Montaigne
« que même imaginer la vertu ne
trouve son langage », seule la poésie.
Il faut voir comme ils faisaient,
et alors on ne la voit pas plus qu’un éclair,
« elle ravit et ravage », rave du jugement
elle frappe celui qui en connaît la profondeur.
Mais ce que le poème doit noté
ça commence d’un autre côté :
il commence par accepter les différences,
car il y a « mille contraires façons de vie ».
Sous le tonnerre de poésie, la vertu
est le critère de la différence.
En coup de vent
(sur l’œuvre de François René de Chateaubriand)
Sans doute la faute à Rousseau,
Chateaubriand écrit en coup de vent, c’est sa langue
les idées conduisant au style, il écrit français et rené
dans l’adversité devant le vent a couché
les arbres que le poète avait plantés.
Coup de vent vif outre quoi ?
Archives
(sur les archives et bibliothèques)
Comme les espaces infinis Pascal
les archives m’effraient, leur silence complote,
elles trompent les humains qui après nous vivront
naïfs font un pari sous les étoiles.
Elles crouleront dans les dépôts obscurs
les ombres les décombres les décennies
mais viendra-t-il le jour
où elles apporteront leurs preuves ?
Les poètes parfois ont confiance en l’avenir
pour dire c’est là je vous l’avais bien dit
Mallarmé & l’Objet
(sur l’histoire)
L’homme toujours se raconte des histoires.
C’est ainsi depuis l’enfance. Oh, les pirogues et la rivière d’un trait noir.
Oh, les grands feuillages ! Oh, les batailles !
Ceux-là descendent la colline, ceux-là passent par la fenêtre.
L’objet disparaît sur lequel il voulait se fixer, Mallarmé
est celui qui a le plus souffert, oh, la terrible nuit,
le réel est difficile Ah, avaler avaliser dans ses mots-valises
L’Esprit, l’eau & le sang
(sur les témoins)
On dira ce qu’on veut mais il y a les témoins.
Les témoins sont l’Esprit l’eau et le sang,
et dans chaque poème je cherche
le sang, l’eau, et l’Esprit en même temps…
J’ai entendu comme une farandole
de casseroles qui sonnait juste
Répétition du motif
(sur la Fantaisie en fa mineur de Franz Schubert)
La musique parfois me prend comme une révolution,
une révolte, une victoire, une déclaration de foi
en la vie et dans le combat c’est pourtant pas du cinéma.
Vous vous imaginez appeler Fantaisie
un recueil de poésie ? J’écris toujours la même chose
répète le motif contre la mort la défaite
Destructions
(sur l’Apocalypse de Jean)
Alors je relève les noms des sept églises,
Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes,
Philadelphie, Laodicée, que sont-elles devenues ?
Une étincelle entre les deux je les ai vues