Poesibao a choisi ces quelques extraits d’un manuscrit encore inédit du poète Christophe Lamiot Enos autour d’un voyage à Barcelone.
Qui nous a pris, dans les bras
il y a, ce nous attire
vers lequel aller, marcher
ayant traversé la ville
comme si toujours devant
façon passé, l’antérieur
apaisement, souverain
tout un quartier, ses espaces
à droite, la Marina
à gauche, les rues étroites
au trottoir, où avançons
la valise, forte canne
qui nous tient, plus ou moins droit.
*
à bicyclette, avancer
retourner à une ville
neuf soldats en formation
ou des gardes, tous à pied
sur trois rangs, jusqu’à la ville
belle escorte rouge font
mais à un moment tourner
à ce moment hors la ville
susciter disparition
des forces : il faut parler
pour la retrouver, la ville
maintenant aux environs
dont le cube remarquer
de cuir, d’un bâti (en ville ?
Du moins, dans sa direction)
*
sans le savoir, écrivons
des pages, du noir sur blanc
où les Images nous mènent
qui nous emportent, vraiment
dont le mystérieux nous veine
celles, qu’au fond, nous portons
qui reviennent, qui reviennent
représentations qu’avons
parfois, depuis si longtemps
paysages, constructions
avant endormissement
de rêves, ils nous entraînent
pour peu que prêtions serment
à ceux qui ouvrent domaines
ainsi paroles joignons
*
Aller où les mots appellent
aller, sans trop de soucis
se pencher dans la ruelle
quand beaucoup, encore au lit
aller, aller, nous appelle
il faut l’écrire, voici
mots qui passent, hirondelles
par le brouhaha et crient
pour leurs découvertes, quelles ?
*
Nous sommes les seuls à table
à prendre le petit-déjeuner
l’employé de nous s’occupe
pour les œufs brouillés et les cafés
ainsi que, bientôt, d’une autre
(employée) vue à la réception
qui s’est installée au bar
renforçant l’impression donnée
que pains, fruits (tomates, fraises)
avec fromages, jambon, gâteaux
l’eau, le lait dans des carafes
confitures, saucisses, miel, œufs
durs, chauds, froids, en abondance
parlent, s’adressent à nous
qui nous tenons sur leur seuil.
*
Le pays, pour le mieux voir
le pays, d’où être né
vers lui aller, retrouver
pays, pays notre histoire
maintenant pouvoir situer
en avant, comme au passé
rêver tel pays, revoir
nouvelle sérénité
à dire, soit partager
qu’il nous échoit d’y fort croire
pays, sans cesse inventé
d’arts, de langages peuplé
chaque jour, pays, avoir
avec soi, d’attentionné
d’éclatant, de soleillées.
*
Tournent hirondelles
dans le brouhaha
climatiseurs ronronnants, posés au Sud
avec, sous les ailes
qu’une fourmi va
sous le pied, à la terrasse, dos plein Sud
par, artificielle
l’herbe, pas à pas
écrasée autour des tables, plus au Sud
ce matin, le bel
avoir dans les bras
que journée, devant, à vivre et parler Sud :
près de la poubelle
faire court yoga/
pseudo-yoga, qui redresse vers tel Sud.
*
« ZOOM », 1946, Antoni Tàpies, Barcelone (une carte postale achetée à la fin de la visite).
Celui ou celle qui peint
le ou la voir, en soleil
sens dessus dessous, cheveux
traces de mains accueillantes
dans le ciel, renversement
apposées, peintes, les mains
sur la toile, pour soleil
depuis, ouverts bien, les yeux
de l’eau fraîche, transparente
à l’esprit, tout rayonnant
qu’apparaissent, tôt, les maints
clairs miroirs qu’à tel soleil
la sérénité, ce peu
tant Van Gogh, visage, à menthes
au jour, vienne, ahurissant.
*
De la vue à la gloriette
à l’extrémité du jour
le soleil derrière l’horizon construit
la ville, ses verticales
ses ramassés, ses fantômes
plus éloignés ou plus proches, des bâtis
sous un ciel uni, ils bougent
les poteaux, des mâts deviennent
le fleuve qui, ici, coule, les séduit
se voient, à droite, des fils
de téléphone, peut-être
ou des lignes, de quel pêcheur, le souci
faisant de l’ensemble un port
que garde, avec, sur la gauche
le bec grand ouvert, quel oiseau ? Pour quel cri ?