Jean-René Lassalle a traduit (de l’espagnol) pour Poesibao ces poèmes de la poète chilienne Cecilia Vicuña, qu’il nous présente aussi.


Guainambi Tominejo,
le dernier colibri
Guainambi
tominejo
Le dernier
colibri
Lustrant
son cuir
Avant
de dormir
Perpétuels
jets de filets
Aulnes
plein-vent
Avec tant de
silence
Et tellement
de souffle
Venez zinzinuler !
De front
et rayon
Brusquant
profil
Là tout est gracile
Ici tout est obèse
Ombrette
de feutrine
Poumon
s’épuisant
Ta flamme dans le smog
ô oiseau-mouche
Déchetté
blondissant
Dans ce terrain vague
Un reflet
dansant
Tous
partiront !
Source : Cecilia Vicuña : La Wik’uña (1990) dans New and Selected Poems, Kelsey Street 2018. Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-René Lassalle avec l’original et une traduction anglaise.
Guainambí Tominejo,
El Ultimo Colibrí
Guainambí
tominejo
El último
colibrí
Alentando
su cuero
Antes
de dormir
Chinchorros
perpetuos
Alisos
de lleno
Con tanto
silencio
Y tantísimo
aliento
¡ Vengan mis chirridos !
De frente
y de rayo
Bruscando
perfil
¡ Aquí todo es bacano !
¡ Aquí todo es obeso !
Sombrita
de fieltro
Matando
pulmón
¡ Esmoga tu llama
mi picaflor !
Desecho
rubiando
En el basural
Bailando
un reflejo
¡ Todos
se irán !
Source : Cecilia Vicuña : La Wik’uña (1990) dans New and Selected Poems, Kelsey Street 2018.
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Disprosodies ou Visions sacrées, d’après les « Folies » de Xul Solar :
Hexagramme 25 / du Yi-King : Wu Wang / Innocence / L‘inattendu (extrait)
Ah fontaine d’aquaflamme future, fontaine du ça, où es-tu dans ton errante perte ? Dans ce qui s’enfonce et s’en va ? Quelque chose m’entraîne et m’immerge dans un feu, chimiopurifiant, cet incendium me lave et rien je ne sens. Mieux vaut voir et être autre j’imagine le non-être, l’entretemps de qui j’ai quitté et qui je serai, ici je doy m’autoflammer, m’illuminer de mon même. Lors le sais c’est la vie. L’exo, l’extérieur no signifie rien si ne le cosente cosentons, enfin je flamme une chose, qu’aimer le divin m’embrase, m’ignifouette, suis seulement pensée-feu, ce qui brûle et brille dans le non-être, pyropensée qui satur’ cet espace. Ne quière rien que voir les gens s’immanencer, envols de quasinformes fluidêtres plutôt. Oh rêve-en-flux je vivo somnisongeant, voyant des personnes qui ne sont personnes mais des étoiles.
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018. Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-René Lassalle avec l’original et une traduction anglaise.
Disprosodias o San Visiones tras Tocadas de Xul Solar
Hexagramma 25 / Del I Ching : Wu Wang / La Inocencia (Lo inesperado) (extrait)
Ay fuente de fuelagua futura, fuente del es, adónde estás en el peregrino perder ?
En lo que se hunde y se va ? Algo me lieva y me sumerge en el fuego, kemipureme, el fuego me limpia y no sentu nada. Para ver meqor é ser otro imagino el no ser, el entretanto del que dejé y del que seré, ahí debu autoflamiar, iluminar-me por mí mismo. Entonces sé, eso es la vida ! Lu exo, lo de fuera noh signifi ca nada si no lo coséntamo, lo cosentimos, alfin flameu algo, amar lo divino me enciende, menfoge, no soy sino el pensifuego, lo que arde y brilla en el no ser, el pensifuego que satur’este espasio. Kleru ver la gente deakí, enjambres de fluseres casinformes, más bien. Oh, plen’sueñin, vivoh soñindo, viendo otra gente que no es gente sino estrella.
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018.
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Résille couvre-tête
Cette résille
non-née
est piqûre
humide
sac
déchiré
encre en
coquillage
penser
enveloppant
et tenace
chute et re
tour
nectar et
maillage
co
mencement
la résille comme nuage jeune fille
au jeu dessus tête qui tresse
un lent la voie en maîtrise
escargot du futur des écrits
traîne sa tel Pawahtun son tracé
salive le Scribe initial
archaïques la main écrivant
formations rappelle et peignant
avec conti sang le signe
nuité qui brûle incinéré
autre forme le nuage la rue en
du langage ascendant est une grille
passage la tête voie cyclable
ancien du dieu à stocker
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018. Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-René Lassalle avec l’original et une traduction anglaise.
Red cabezal
La red
no nacida
es húmedo
hilván
talega
deshecha
tinta
en conchal
pensar
envolvente
y tenaz
caer y vol
ver
nectar
y red
co
menzar
la red nube la niña
es jugar y cabezal tejiendo
un el futuro maestro
lento caracol pasar de escribas
rastra viejo el trazo
su baba Pawahtún inicial
el antiguo la mano escribir
formar recuerda y pintar
una con la sangre el signo
tinuidad quemando esfumar
otra forma la nube la calle
de hablar ascendiendo es la grilla
el viejo cabeza en bici
pasar del dios a comprar
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018.
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Ancestrale, étoile d’eau
Ancestrale en étoile d’eau
s’ensépulcre la pourpre
Infiniment tremblante
sur sa dune pauvresse
Avec quelle ferveur
elle s’ombre
et sa source
Avec quelle ferveur
elle boit
Son aride
fluide
Le manqué, le nuancier
crépusculant leur pourpre.
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018. Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-René Lassalle avec l’original et une traduction anglaise.
Adiano y Azúmbar
Adiano y azúmbar
se huaca el purpur
Temblando siempre
su pobre arenal
Con qué celo
se adumbra
su manantial
Con qué celo
bebe
Su seco
caudal
El manque y el hue
apurpurándose están.
Source : Cecilia Vicuña : New and Selected Poems, Kelsey Street 2018.
Cecilia Vicuña est une poète et artiste de Santiago née en 1948. Pendant la dictature de Pinochet elle s’exile à Londres puis à New York. Son œuvre comporte poèmes, peintures, installations, performances dont les thématiques se répondent en échos. L’identité chilienne est présente dans sa redécouverte et son utilisation du « quipu », un ensemble complexe de cordelettes à nœuds qui tenait lieu de communication chez les Incas, car ceux-ci n’avaient apparemment pas développé un autre système d’écriture (à l’inverse des Mayas). Ses poèmes sont donc parcourus par les motifs positifs du traçage de l’écrit, du tressage féminin, du maillage social. Elle compose la plupart du temps dans un espagnol parsemé de néologismes et de mots des langues quechua et aymara, mais parfois directement aussi en anglais, surtout pour ses performances, et elle peut écrire des poèmes multilingues mêlant les langues. Elle a participé à l’aventure de la revue étatsunienne avant-gardiste Chain qui associait l’art et la poésie dans les années 1990. Et elle a édité une vaste anthologie bilingue représentative de la poésie sud-américaine (The Oxford Book of Latin American Poetry) en réintégrant les pré-colombiens, les cultures indigènes, les expérimentaux et les chants populaires aux classiques comme Gabriela Mistral et Pablo Neruda. Son univers évoque un éco-féminisme altermondialiste, sans dogmatisme, partant de la fragilité du social et de la nature, ainsi dans ses mini-sculptures éphémères des « Precarios » (précaires), petits objets composés de rebuts qu’elle trouve, reliés par des fils. Ces dernières années son œuvre s’est exposée de plus en plus internationalement sur la scène artistique, à mesure que ses quipus se diversifiaient et grandissaient jusqu’à emplir de larges espaces, souvent encadrés par ses performances à poèmes. En 2022 elle a reçu le Lion d’Or à la Biennale de Venise pour ses créations.
Bibliographie sélective :
Precario/Precarious. New York, NY: Tanam Press, 1983.
La Wik’uña. Santiago, Chili: Francisco Zegers Editor, 1990.
cloud-net. New York, NY: Art in General, 1999.
El Templo. New York, NY: Situations, 2001.
Instan. Berkeley, CA: Kelsey St. Press, 2002.
Palabrarmas. Santiago, Chili: RIL Editores, 2005.
Saborami. Philadelphia, PA: ChainLinks, 2011.
Spit Temple. Brooklyn, NY: Ugly Duckling Press, 2012.
New and Selected Poems of Cecilia Vicuña, Kelsey Street, 2018 (anthologie espagnol-anglais)
Sitographie:
Écouter dans l’audiothèque PennSound Cecilia Vicuña dire son poème sur le dernier colibri (traduit dans ce Poesibao) en 1997 à New York : elle chante en espagnol, puis scande en anglais
Lire 4 poèmes de Cecilia Vicuña en espagnol et traduits en anglais par la poète Rosa Alcala
Lire un entretien en anglais avec Cecilia Vicuña dans Bomb Magazine
Voir un portrait vidéo en espagnol de Cecilia Vicuña au musée Malba de Buenos Aires
Un dossier composé, traduit et présenté par Jean-René Lassalle