Catherine Weinzaepflen publie Un précipité (chez Flammarion) placé sous le double signe et le trouble écart entre l’enfance et l’actualité.

Wendy a ouvert son dictionnaire
un grand livre d’images
horizontal (format à l’italienne)
le dictionnaire posé sur leurs quatre genoux
les lie
prairie : terrain d’herbe
renard : animal carnivore à la fourrure rousse et à la
queue touffue
baignoire : sorte de bassine allongée dans laquelle
on se lave
locomotive : à la tête du train, le wagon à moteur
qui tire les autres
(p. 16)
– tu penses, toi ?
– à quoi je pense ?
– non, penser, juste penser
– c’est quoi ?
–des choses dans ma tête et toi tu ne les sais pas
– des secrets
– parfois mais pas seulement
là je pense chocolat
ce matin j’ai pensé papa
maintenant je pense « penser »
– et tu penses quoi ?
– rien
(p. 18)
J’ai vu un chat assis sous la neige
immobile
et qui virait au blanc
au fur et à mesure
qu’il se couvrait de neige
(p. 29)
aujourd’hui en France
les hommes ne meurent plus à la guerre
ils meurent avant leur quarantième année
d’accidents
violents
(p. 47)
– Elle meurt, demande Wendy ?
– On ne l’a plus entendu chanter
Elle est devenue sirène
– et son père ?
– le Rhin
(p.76)
La guerre en Ukraine
14.5 millions de déplacés
des enfants beaucoup
il arrive que
retournant un cadavre
de soldat russe
une bombe explose
(p. 91)
Catherine Weinzaepflen, Un précipité, Flammarion, 2025,106 p., 16€
[choix d’Isabelle Baladine Howald]