Poesibao a entrepris une grande enquête autour de « livres qui … ». Nous espérons constituer ainsi une bibliothèque fantôme.
En exergue de ce nouveau projet d’enquête de Poesibao, une longue citation d’un grand spécialiste du livre et de la lecture, Yves di Manno, poète, éditeur, directeur pendant plusieurs décennies de la collection Poésie de Flammarion.
Les livres ne sont pas égaux
« Les livres ne sont pas égaux, non seulement par leur taille, leur valeur marchande, leurs qualités intrinsèques – mais par le simple désir qu’ils sont à même de susciter en nous, à leur corps plus ou moins défendant. Il y a les livres qu’on espère, qu’on attend parfois dans l’impatience ou l’inquiétude. Les livres inconnus qui surgissent un beau jour au détour d’un rayon et s’imposent à nous avec une brusque évidence, nous détournant du cours ordinaire de nos lectures. Il y a les livres différés, mis de côté pour des jours meilleurs qui ne viendront peut-être pas. Les livres rares, longtemps traqués et qu’on ramène enfin dans ses filets. Les livres décevants, redécouverts, ignorés … et l’immense fatras des livres indifférents qui n’auront jamais provoqué en nous le moindre élan. Il y a enfin la catégorie nettement plus limitée des livres dont on rêve, qui n’existent qu’à l’état latent et que nous n’entreverrons probablement jamais … Livres immatériels dans l’attente d’être traduits ou n’ayant pas eu l’heur d’être imprimés, bien que leur composition soit attestée ; œuvres disparues, égarées, dispersées, dont on espère la découverte ou le rassemblement ; ouvrages plus ou moins mythiques, surgis au détour d’autres lectures et dont on ne se fait pas une idée claire ; d’autres encore… Dans l’espoir d’un brusque sursaut éditorial, le plus souvent déçu, chacun compose ainsi sa propre liste d’attente.
Yves di Manno, in Élagages
Les réponses d’Ariane Dreyfus
Ariane Dreyfus : J’ai répondu à ce questionnaire sans avoir accès à ma bibliothèque, j’ai donc eu recours au web pour apporter des précisions, trouver des citations. D’où aussi des oublis probables. Et souvent, comme toujours quand on aime lire, de fil en aiguille j’ai été tentée de parler d’autres livres, retrouvés sur le chemin des réponses à ces questions.
Poesibao : Y a-t-il des livres que vous espérez, que vous attendez dans l’impatience ou dans l’inquiétude ?
AD : J’espère que mes amis poètes, dont certains comptent parmi mes poètes préférés, continueront à venir près de moi – de nous – à travers des poèmes qui m’étonnent et m’émeuvent (j’ai besoin des deux) dans des livres qui ont leur corps propre, et par là même m’apparaissent encore mieux.
Et j’espère aussi que des poètes trop rares le seront moins. Je pense notamment à la mystérieuse car si discrète Albane Prouvost : 3 livres de peu de pages en 22 ans, tous d’une fraîcheur fulgurante (Ne tirez pas camarades, 2000, Meurs ressuscite, 2015, tous deux chez Unes ; Renard poirier, 2022, à La Dogana). Heureusement que chacun d’eux est inépuisable ! Je pense aussi à Sophie Martin, avec son Classés sans suite publié par Flammarion en 2020 et dont elle écrit en 4° de couverture : « (…) ce recueil qui me paraît maigre les mauvais jours, acéré les bons, qui peut se lire d’une traite et qui pourtant contient, j’espère, assez d’âpres morceaux de réalité pour ne pas couler de source. J’ai abouti, sans prétention à l’originalité dans le sujet, à rendre le ratage sentimental et sexuel à nouveau à peu près présentable : c’est-à-dire, aussi, comique. » Je confirme : j’ai commencé la lecture de ce livre durant une attente de 30′ sur un quai de RER glacial, et ma chance fut de l’avoir entre les mains, car mon plaisir et mon intérêt ont été immenses. Quel meilleur test pour vérifier qu’un livre vaut la peine ? Et quelle joie de découvrir un livre de poésie qu’on ne veut plus lâcher ! « Qui nous change de tant de recueils où l’on avance en suffoquant. Une poésie narrative, donc, qui vise non tant à raconter une histoire qu’à se rédimer par les mots, comme toute vraie littérature. » (Gérard Cartier sur son blog Au Monomotapa). Je sais qu’elle est l’auteur d’autres livres, en prose (voir ici) sans doute empreints eux aussi de sa vigilance critique, mais j’espère encore d’elle l’effet de vitesse, de concentration de la poésie, même quand elle creuse dans les moindres recoins d’une expérience.
Je peux dire aussi que j’attends les livres d’un essayiste qui est en fait un véritable écrivain : Pierre Bayard, inventeur de la « fiction théorique » ou « critique interventionniste », stimulante et réjouissante. Quasiment tous ses livres sont publiés aux éditions de Minuit, dans la collection « Paradoxe ». Intitulé de collection qui lui convient parfaitement et qu’il a d’ailleurs inaugurée avec son premier titre chez cet éditeur, Le paradoxe du menteur (1993), sur Les liaisons dangereuses, qui m’a éblouie. (Chance d’avoir eu au programme de l’agrégation ce roman exceptionnel). Depuis, je suis toujours curieuse de lui, même si la lectrice que je suis ne parvient décidément pas à suivre son rythme de parution !
P. : Y a-t-il des livres inconnus qui ont surgi un beau jour au détour d’un rayon et se sont imposés à vous avec une brusque évidence, vous détournant du cours ordinaire de vos lectures ?
AD : Je devais être bien curieuse en 1983 quand j’ai ouvert dans une librairie Rougigogne de James Sacré, dont je ne connaissais même pas le nom. J’explique dans La lampe allumée si souvent dans l’ombre tout ce qu’il a déclenché en moi. Je lui dois vraiment beaucoup, il a aussi eu la patience et la gentillesse de lire certains de mes premiers manuscrits.
Sinon il y a, pour les découvertes inattendues, les rayons des bibliothèques.
Je ne peux toutes les citer. Au moins, lu l’été dernier, Le monde commence aujourd’hui de Jacques Lusseyran, devenu un livre de chevet (mais moins happée par son livre précédent Et la lumière fut, lu après.) Devenu aveugle à 8 ans, il n’en continua pas moins des études littéraires très poussées. À 16 ans, en 1941, il co-fonde un groupe de résistance ; arrêté en 1943 il est déporté au camp de Buchenwald. Ce livre m’importe d’une part pour ce qu’il dit de la révélation de la lumière intérieure, laquelle transmue sa cécité en véritable perception : « Ce que la perte de mes yeux n’avait pas su faire, la peur le faisait : elle me rendait aveugle. » À l’inverse « Quand j’étais heureux, tranquille, quand j’allais vers les autres avec confiance, j’étais payé en lumière. (…) Muni d’un tel instrument, qu’avais-je besoin de la morale ? […] Je regardais le grand signal lumineux qui m’apprenait à vivre. » Ou encore ceci, cité par Julien Starck dans Naviguer sur terre que Florence cite à son tour dans son Flotoir du 31-05-26 à la date du 23-05-26 : « Je ne connais pas Jacques Lusseyran mais les évocations ou citations qu’en donne Julien Starck donnent envie de le lire : ‘‘Je finissais par lire dans les voix tant de choses et sans le vouloir, sans y penser, qu’elles m’intéressaient plus que leurs paroles. Il m’arrivait pendant des minutes entières en classe de ne plus rien entendre : ni les questions du professeur, ni les réponses de mes camarades. J’étais bien trop absorbé par les images que leur voix faisait défiler à travers ma tête.’’ » Et ce livre m’importe d’autre part par ce que Lusseyran dit de ses compagnons de camp, et particulièrement de leurs réactions quand il leur récitait des poèmes : « Alimenter le désir de vivre, le faire flamber : cela seul comptait. Car c’était lui que la déportation menaçait de mort. Il fallait se rappeler sans cesse que c’est toujours l’âme qui meurt la première – même si son départ ne s’aperçoit pas –, et qu’elle entraîne toujours le corps dans sa chute. C’était l’âme qu’il fallait nourrir en priorité. La morale était impuissante. Toutes les morales. (…) Seule la religion nourrissait. Et, tout près d’elle, la sensation de la chaleur humaine, de la présence des autres en tant qu’êtres physiques contre notre corps. Et la poésie. La poésie chassait les hommes de leurs refuges ordinaires, qui sont des lieux pleins de dangers. Ces mauvais refuges, c’étaient les souvenirs du temps de la liberté, les histoires personnelles. La poésie faisait place nette. (…) C’est un peu parce que j’ai fait cette expérience que je dis et dirai sans me lasser : L’homme se nourrit de l’invisible. Il se nourrit de l’impersonnel. Il meurt pour avoir préféré leurs contraires. » Frappée aussi par ce qu’il dit de l’expérience de parler en public, de ce qui fait un bon ou un mauvais orateur (après la guerre il a été enseignant en université aux USA, en raison de l’interdiction faite aux aveugles et infirmes d’enseigner à travers un décret de Vichy, décret que j’ignorais. Ainsi les premières pages de Le monde commence aujourd’hui décrivent-elles avec une précision stupéfiante – si l’on se souvient qu’il est aveugle – les villes américaines comparées aux villes françaises). Je ne suis pas près d’oublier ces lignes : « Et je me rappelle avec chagrin et presque avec épouvante ces suites d’heures mortes où des professeurs, savants et appliqués, ne m’ont rien dit, rien donné, rien laissé, parce qu’ils ne savaient plus même que j’étais là, parce qu’ils avaient tout dans la tête, sauf leurs élèves. Inversement, quand nos vrais professeurs nous parlaient, nous aimaient, chacune de leurs idées, aussi brève fût-elle, s’inscrivait en nous à jamais. »
L’importance de la poésie dans les camps me conduit à évoquer Refus de témoigner : une jeunesse de Ruth Klüger (suivi de Perdu en chemin, toujours chez Viviane Hamy), où celle-ci tient une place immense, d’autant plus qu’elle est elle-même poète : « Les ballades de Schiller furent les poèmes des appels, grâce à elles je pouvais rester, des heures au soleil sans m’évanouir, parce qu’il y avait toujours un autre vers à dire, et quand on ne trouvait plus le vers suivant, on le cherchait dans sa tête et ça évitait de penser à sa propre faiblesse. Puis l’appel se terminait, on arrêtait le disque dans sa tête, à peu près à : Que votre bouche de métal/ne se voue qu’à des êtres choses éternelles et graves. » (citation retrouvée grâce à cet excellent billet ici. Je recommande aussi cela ) Je n’ai pas toute cette page 136 sous les yeux, mais je me souviens l’avoir lue à des élèves, tant elle m’a bouleversée. Œuvre d’autant plus marquante parmi les livres sur les camps que l’expérience carcérale n’en est qu’une partie, elle réfléchit tout aussi précisément à l’enfant qu’elle fut avant, puis à tout ce qu’elle a vécu après. Catherine Coquio, dans « Ruth Klüger, l’inconvenante » (Fabula / Les colloques, « Les femmes et la Shoah », URL : https:// www.fabula.org/colloques/document14295.php, article mis en ligne le 19 Août 2025) la rapproche à juste titre d’Imre Kertész, auteur d’Être sans destin (autre livre inoubliable, et lu d’une traite), lui aussi arrivé au camp dans son extrême jeunesse (15 ans pour lui, 11 ans pour elle) faisant l’expérience du pouvoir des adultes sur les enfants avant celle du camp, qui la continue en quelque sorte. Mais lui était un adolescent soumis et confiant, contrairement à elle, d’où des témoignages d’une tonalité assez différente, même si tous deux refusent le pathos. Sur ce dernier point, l’édition de poche de Refus de témoigner (Viviane Hamy Bis, 2005), offre en annexe un texte essentiel intitulé Mémoire dévoyée : kitsch et camps. Coquio montre bien la force du regard critique que Klüger portait aussi sur le sexisme et la façon dont les survivants étaient perçus, notamment aux USA où elle immigra. Œuvre très riche que je relis régulièrement, pour sa lucidité acerbe, son esprit iconoclaste et rebelle.
P : Avez-vous des livres différés, mis de côté pour des jours meilleurs qui ne viendront peut-être pas ?
AD : Je n’y crois plus. Combien de temps me reste-t-il pour lire, je veux dire combien d’années devant moi ? Ma priorité serait de pouvoir, idéalement, lire pour une fois intégralement et assidûment les 4 volumes de la Pléiade de Paul Valéry, ainsi que ceux d’Alain, livres que j’ai la chance de posséder. Je sais ce que ces auteurs m’ont apporté (et Valéry à Barthes) ; Alain ce fut même très tôt, puisque qu’à 12 ans j’ai été attirée chez mes parents par un volume intitulé Propos sur le bonheur (un des choix de Propos par thème, alors que les 2 volumes de la Pléiade les regroupent indistinctement par ordre chronologique, hélas pas complets), dont j’ai adoré la clarté de l’écriture. Je veux continuer avec eux. Sinon, j’ai renoncé à me reprocher de n’avoir pas lu des auteurs reconnus universellement comme importants – et je veux bien le croire – car je relis beaucoup (sans parler d’autres activités dévorantes, et le fait que j’écris moi-même, et ce très lentement. Et aussi que je ne peux pas me passer de voir des films, pour regarder des visages). Je relis, donc, et souvent cela me semble plus urgent que de découvrir. Et non seulement je relis, mais quand j’aime un auteur je ne me lasse pas de lire sur lui, ce qui « aggrave » mon cas.
Les livres qu’on relit nous donnent des nouvelles de nous-même, dans le flux du temps. Mais tout autant qu’un miroir venu d’autrui, j’y retrouve un ami (je dis un car c’est moins l’auteur, que le plus souvent je ne connais pas, que le livre lui-même qui l’est, cet ami, ou du moins sa présence de pensée et de sensibilité. Et plus que tout, l’énergie et la direction de sa volonté, on pourrait dire aussi désir, ou vitalité ; en fait il faudrait un mot qui regroupe ces trois-là ! Je suis incapable de lire une œuvre « défaitiste » – je ne sais pas le dire autrement – mais d’ailleurs, une œuvre aboutie et défaitiste, cela peut-il exister ? N’est-ce pas une contradiction dans les termes ? Quand on écrit, on a trop à faire pour songer à désespérer. Je trouve si justes ces lignes de Georges Picard : « L’écriture n’appelle pas le besoin de sincérité. Pour l’écrivain, le problème ne se pose pas. À quoi sert la sincérité psychologique qui ferait pléonasme avec le style et le ton de l’auteur ? À chaque moment de l’écriture, la figure apparente de l’écrivain subit des modifications apportées par la pression du texte comme un visage se transforme à chaque nouvelle couche de maquillage (…) Un manuscrit est moins la photographie d’une conscience à un moment donné qu’un montage élaboré, plus ou moins lucidement, à une fin de représentation. L’auteur n’écrit jamais seul, certes, puisqu’il écrit dans la pure duplicité artistique qui fait coexister la fiction de l’authenticité (premier degré de la lecture et de la représentation) et la réalité de la manipulation créatrice, laquelle postule l’existence d’un public virtuel. Mais cette coexistence ne fait que suivre la loi générale de l’existence humaine engluée dans la mauvaise foi, pour parler comme Sartre. Si le mythe de la sincérité peut tromper l’individu, il ne devrait pas pouvoir tromper l’artiste. Dans la solitude la plus profonde, seul devant sa page ou devant son écran, l’écrivain sait qu’il se modèle un visage pour ses lecteurs, sinon pour la postérité. Ce faisant, il assume ses choix jusqu’à en répondre définitivement, alors même qu’ayant évolué, il pourra vouloir (inutilement) prendre ses distances avec la figure qu’il a laissée de lui-même dans tels de ses livres. (…) L’écriture est une école impitoyable de responsabilité. » Plus haut il a eu cette belle périphrase pour l’écriture : « Une liberté qui prend ses risques en laissant des traces ». (Chez Corti, je ne sais hélas plus de quel livre sont extraites ces citations).
Oui, je relis beaucoup. Il me semble par exemple inconcevable de ne pas relire au moins une fois dans ma vie le Journal de Roger Martin du Gard, qui m’a fortement et fraternellement tenu compagnie pendant près d’un an (3 gros volumes en collection blanche chez Gallimard). J’y suis venue parce que la série Les Thibault a été une œuvre importante dans mon adolescence, si émouvante et puissante, et si variée (elle aussi relue, mais je ne me crois pas capable de relire encore une fois « La mort du père », récit quasi clinique, de même qu’il m’est impossible de relire L’enfant éternel, de Philippe Forest, pourtant un des livres que je mets au-dessus de tout). Oui, j’espère avoir le temps de relire ce Journal (des doutes malheureusement en ce qui concerne les près de 15 volumes de correspondance, pas encore ouverts, et d’ailleurs je n’en ai qu’un, celui de la correspondance avec Gide ! Je découvre à l’instant qu’il y a un volume de 35 ans de correspondance avec Tardieu, qui me tente bien plus !) Au moins je pense avoir le temps de relire Jean Barois, publié en 1913, roman hybride et inclassable (la narration y est largement remplacée par des dialogues, des archives, des lettres), on y plonge à vif dans les débats de l’époque sur la liberté de pensée, sur l’affaire Dreyfus. J’y sens l’énergie de cet écrivain, née de son besoin de démêler ces choses en lui-même autant que dans la conscience et la vie de son personnage. Sa propre vie en a été gâchée, marié qu’il était à une bigote catholique. Je suis allée fouiner sur le site Babelio pour savoir ce qu’en disaient d’autres lecteurs, et j’ai trouvé ceci de l’une d’entre eux, qui contient une métaphore qui dit parfaitement en quoi relire peut être magique : « Ayant lu Les Thibault à l’adolescence, j’y ai retrouvé le parfum respiré à l’époque. Même si j’avais oublié les détails de la saga, son esprit m’avait durablement pénétrée : lire Jean Barois a ôté le bouchon de la jarre qui le tenait enfermé depuis si longtemps. » Métaphore d’autant mieux trouvée qu’on peut donner un double sens à « époque » : à la fois celle de l’adolescence de la lectrice et celle du moment où ont vécu ces personnages et cet écrivain.
Certes, il y a des livres que je pourrais me passer de relire, tant ils ont été relus, ceux de Colette bien sûr, mais quand une plante baisse la tête (moi) comment ne pas la remettre dans l’eau ? Et d’ailleurs il y a toujours chez elle des détails à (re ?) découvrir, par exemple quand relisant Les vrilles de la vigne je tombe sur cette phrase émouvante : « La fraise sauvage, ronde comme une perle, qui mûrit ici en secret, noircit, tremble et tombe », et qui convient à un poème crépusculaire, je l’ai offerte à Anders, un des personnages du Double été.
Sinon, cet été j’ai tout de même réussi à ne plus « différer » la lecture de Lettres d’une vie, plus de 1200 pages extraites de l’immense correspondance de George Sand (remarquable édition en Folio). Livre qui m’était tombé des mains il y a environ 20 ans. Il faut croire que cet été était le bon moment pour moi ! Comme j’ai bien fait d’aller jusqu’au bout : plus elle vieillit plus elle me plaît. Les lettres à Flaubert sont extraordinaires (une édition complète existe chez Flammarion, encore un horizon de lecture !) tant son attention à ce dernier était totale, il éveillait en elle autant la pensée que l’affection : « Tes lettres tombent sur moi comme une pluie qui mouille, et fait pousser tout de suite ce qui est en germe dans le terrain. Elles me donnent l’envie de répondre à tes raisons, parce que tes raisons sont fortes et poussent à la réplique. Je ne prétends pas que mes répliques soient fortes aussi, elles sont sincères, elles sortent de mes racines à moi, comme les plantes susdites. » Et comme je me reconnais dans son goût de se « désindividualiser » (c’est son terme) et dans ces lignes : « Nous passons notre vie à nous noyer dans le prisme changeant de la vie, et le petit rayon que nous pouvons avoir en propre disparaît bien facilement. Mais ceci n’est pas mauvais, croyez- le. Se relire souvent, s’examiner sans cesse, se connaître toujours serait insipide et une cause de stérilité. »
P : Avez-vous été à la recherche de livres rares (de toute nature), longtemps traqués et que vous avez enfin ramenés dans vos filets ?
AD : Je ne suis pas une bibliophile, mais je suis une grande admiratrice de l’atelier Pierre Faucheux qui nous a proposé de splendides maquettes de couverture du Livre de Poche pendant des années (atelier qui a travaillé pour de très nombreux éditeurs français). J’ai pu, avec patience, regrouper tous ses volumes de Proust : « Pierre Faucheux se déplace spécialement à la Bibliothèque Nationale pour photographier quelques manuscrits du fonds, qu’il déposera pêle-mêle à côté des photos et des dessins de l’écrivain tout au long des sept tomes. Faucheux créé un cartouche sur fond ivoire, ceint de filets rouges et noirs, et il y dispose les titres et le nom de l’auteur en Bodoni ou en Didot (aussi en rouge et noir) : c’est une référence directe aux codes de la NRF. » Voir ici. Comme je ne sais pas si les jeunes générations connaissent ces couvertures légendaires pour nombre d’auteurs, voici des exemples de couverture. J’ai transmis ce goût à ma fille, et nous avons bien du mal à ne pas racheter, alors que nous l’avons déjà, un titre quand nous le rencontrons en Livre de Poche de cette période. Dès le début de l’autre célèbre collection de poche, j’ai été atterrée par la laideur et la fragilité des Folio.
P : Y a-t-il des livres dont vous rêvez, qui n’existent qu’à l’état latent … livres immatériels dans l’attente d’être traduits ou n’ayant pas eu l’heur d’être imprimés, bien que leur composition soit attestée ; œuvres disparues, égarées, dispersées, dont on espère la découverte ou le rassemblement ; ouvrages plus ou moins mythiques, surgis au détour d’autres lectures et dont on ne se fait pas une idée claire ; d’autres encore…
AD : Je regrette infiniment la perte des lettres de Colette à Sido, alors que nous avons les lettres de cette dernière. Lettres brûlées par son frère aîné, qui n’a pas supporté que Colette préfère ne pas assister aux obsèques de leur mère.
-Je regrette les livres dont la mort de l’auteur nous a privés.
-Avant tout les livres que Stéphane Bouquet n’écrira plus.
-Joseph Ponthus, n’oublions jamais À la ligne, vrai livre de poésie, et bouleversant. Lui aussi.
-Les romans que Jane Austen n’aura pas eu le temps d’écrire. Par chance inespérée, quasi magique, on ne se lasse pas de relire ceux qui existent.
Je regrette aussi ces œuvres presque disparues car invisibilisées que sont les classiques dans de nombreuses bibliothèques municipales (sauf si un film en a été tiré), par manque de place j’imagine, mais quelle tristesse ! (Et pour laisser de la place à « l’immense fatras des livres indifférents qui n’auront jamais provoqué en nous le moindre élan »). Heureusement que souvent ils continuent à exister dans le catalogue numérique, ce qui permet de les demander. Ainsi en vacances ai-je pu faire extirper Balzac de la réserve pour le relire, de même Dickens. (Je demandais David Copperfield – un de ces livres dont je n’ai jamais lâché la main depuis mon adolescence ; je n’envisage pas ma vie de lectrice sans relire régulièrement ce « poème du souvenir », comme dit si bien Alain, qui a écrit de belles et aimantes études sur chacun des livres de ce romancier, comme sur ceux de Balzac et de Stendhal – hélas le bibliothécaire a cru que je parlais du magicien !). Cette bibliothèque avait reçu en don ses romans en Pléiade, mais ils n’étaient pas en rayon. Or des noms connus ou relativement connus peuvent donner envie à quelqu’un, au détour d’un rayon, de les lire au moins une fois.
***
Nous ajoutons quelques autres questions, non directement suscitées par la citation d’Yves di Manno.
P : Vous souvenez vous de livres que vous avez désirés, à toutes époques de votre vie et que vous n’avez pas pu trouver ou vous offrir ?
AD : Il m’arrive en effet d’hésiter à acheter des livres, pour 2 raisons, très différentes :
La première est qu’ayant déjà un certain nombre de livres à lire ou à relire, je crains de manquer de temps – le reste de ma vie – et de seulement encombrer ma bibliothèque.
La seconde est la cherté des catalogues d’exposition de photographies, alors que je préfère de très loin les feuilleter plutôt que d’aller à une exposition (outre que cela m’est rarement possible), car de même que j’aime relire, j’aime revoir.
Depuis 6 ans déjà j’hésite à me procurer le catalogue raisonné du peintre Gérard Schlosser, en 2 volumes. (Il faut dire que je ne manque pas de monographies de lui). Sa présentation me fait comprendre pourquoi il m’est essentiel, pourquoi ma poésie a su qu’elle pouvait le rencontrer, et durablement. En voici un extrait : « L’œuvre de Gérard Schlosser, pour qui sait la regarder, est d’une infinie richesse, elle use de dimensions multiples, se sert d’évidences, de clichés comme d’énigmes ou de sous-entendus. Elle est, à la fois, sociale, politique, existentielle. Elle porte une grande attention aux êtres, à leurs attitudes, à leurs aspirations au bonheur. Elle est silencieuse et attentive aux non-dits. Elle se consacre, sans complaisance, à la beauté des corps, à celle de la nature, cet autre corps vivant. Elle nous englobe dans un univers pluriel grâce à la peinture, la pensée de la peinture qui construit une vision structurée, claire et mobile du réel ».
P : aimeriez-vous nous raconter une « histoire de livre », quelle qu’elle soit, qui vous tient particulièrement à cœur.
AD : Oui, celle de ma découverte de Oh boy ! de Marie-Aude Murail. (Encore un livre que je relis régulièrement !) Parce qu’il m’a été conseillé par ma fille Anne, quand elle avait 12 ans. Livre que j’ai immédiatement fait découvrir à Stéphane, et sa réaction extrême m’a été joie profonde, comme c’est évoqué dans les extraits de notre correspondance publiés par Poesibao. C’est le livre le plus célèbre de cette autrice, autrice que depuis je suis heureuse de lire dès que je peux, même si je préfère certains titres à d’autres.
Ma rencontre avec cette œuvre est une rencontre autant humaine que littéraire. Contrairement à Stéphane qui m’en écrivait : « il y a des livres où la question n’est plus de savoir si c’est ou pas de la littérature, parce que subitement c’est la matière même de sa vie, ou de sa vie rêvée, ou de son espoir, qu’on lit. Parce que subitement c’est face à la consolation qu’on se trouve. C’est pour ça qu’il y a une certaine gêne à partager ces livres : en vérité on a trop peur qu’ils soient le pur miroir de notre visage de dedans, de nos larmes intérieures. J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, je l’ai aimé comme le portrait vivant d’une utopie. L’image finale, les mains qui arrivent et recouvrent comme un toit, est bouleversante : peut-être pas bouleversante par son originalité poétique, mais bouleversante pour moi qui suis sans maison. Ainsi, il peut exister, mais dans les livres seulement, des mains qui donnent la maison, qui sont la plénitude de cette richesse, qui sont 15 pièces à elles seules et doivent contenir aussi la chambre des frères », et même si effectivement on ne soucie pas de se poser la question de littérature ou pas pour certains livres aimés, je suis persuadée que M.A. Murail est véritablement écrivain, je lui répondis donc : « je pense par contre qu’il est magnifiquement écrit, que cette écriture d’un enjouement ardent fait partie de sa force de consolation, ce plaisir quasiment physique, disons cette jouissance comme quand on gémit d’aise inespérée effectivement ».
Je citais plus haut Picard affirmant « L’écriture est une école impitoyable de responsabilité. » M.A. Murail en est consciente à un degré extrême. Elle écrit pour la jeunesse comme on dit, d’où le sérieux avec lequel elle envisage son travail, la tendresse et l’humour – qui n’empêche pas d’avoir la gorge nouée, parfois en même temps – avec lesquels elle aborde des thèmes parmi les plus graves, mais toujours en situation. Nous sommes en effet très loin de romans à thèse : « Je n’ai pas fait exister Barthelémy pour qu’on en tire des leçons sur le droit à la différence. Je le dis aux jeunes, la tolérance est un mot qui m’exaspère. Trop aimable de tolérer l’autre ! L’autre, ton semblable, veut être aimé. J’ai créé un homo pour le donner à aimer. On rit avec lui, on pleure avec lui, on se réjouit de ce que ses amours semblent en bonne voie. C’est tout ce que je demande, c’est peu, c’est beaucoup. (…) Dès lors, je me sens libre, libre de dire le mot précis, juste, cru s’il le faut, de montrer celui que j’aime dans sa vérité toute nue. Mais il n’y a pas de scène osée dans mes romans et je désamorce avec l’humour les situations qui pourraient être scabreuses. Je ne le fais pas par crainte de la loi sur les publications pour la jeunesse qui stipule qu’il ne faut pas ‘démoraliser l’enfance’, mais parce que je respecte l’intimité de mon jeune lecteur. Mon goût pour la littérature de jeunesse tient, au moins en partie, à la réserve qu’elle exige du créateur. Je suis libre de paroles, mais réservée de nature. Mes livres sont donc discrètement érotisés (…) C’est le désir qui nous rend vivants. Aimants, créatifs. Mes héros sont désirants. Tradition courtoise et passions raciniennes sont mon point d’ancrage ».
J’aime que, tout en prenant le plus grand soin de ses jeunes lecteurs (elle dit « s’agenouiller », et non se rabaisser), elle n’oublie jamais d’être aussi à l’écoute d’elle-même, et parfois de son amour et de son désir pour ses personnages : « Si j’aime tant raconter les coups de foudre et les amours très juvéniles, c’est qu’il [son mari] m’en a fourni définitivement le canevas ! Je n’étais pas tombée amoureuse qu’à moitié. C’est resté en moi prodigieusement intact, les souvenirs, les sensations, les mots et je les réactive avec chaque nouveau couple de mes romans. » (cité par Sophie Chérer dans le volume consacré à cette autrice pour la collection « Mon écrivain préféré », L’École des Loisirs, 2° édition, 2011.) Ce trouble amoureux, elle me le fait vraiment ressentir dans certains passages, dans un effleurement délicieux, et d’une grande pureté, car au même moment, comme elle le fait comprendre, les enfants-lecteurs sont là. Oui, M.A. Murail est véritable écrivain et personne étonnante.
Et, effectivement, qui n’aime pas à moitié : à dix-sept ans, elle découvre Notre ami commun, dernier roman achevé de Dickens, selon moi le plus beau après David Copperfield. Sophie Chérer raconte : « C’est un choc, une révélation. Ce roman la fait pleurer, rire, désirer, tout. Quelque chose de physique. Elle découvre qu’une lecture peut transformer, comme un virus, comme une passion. Elle tombe amoureuse à la fois de l’auteur, Charles, et du héros, Eugen, un avocat sans cause, un nihiliste romantique, qui apprend à lire en secret à une jeune fille pauvre et illettrée, et la traite comme une lady. L’histoire emporte, transporte Marie-Aude, alors à son tour elle emporte l’histoire partout avec elle, dans ses cachettes, dans ses refuges, dans son monde. ‘‘J’ai couché avec ce livre’’, dit-elle. C’est un amour réciproque. Elle ravive sa flamme. Il inspire sa vie. Elle est toujours restée fidèle à Dickens, à sa manière. Dans son premier roman (qui n’est pas pour enfants), Passage [que j’ai lu, grâce à une bibliothèque, et j’ai été étonnée et émue de découvrir combien de tourments intérieurs elle avait vécus, jeune fille], elle lui a très tôt rendu un hommage enfantin, éperdu. Elle lui a écrit une lettre, comme on n’en envoie qu’au Père Noël, qu’aux disparus. » Sophie Chérer la cite en entier, en voici la fin « ‘‘– Charles Dickens, vous que j’ai élu ‘‘ my heavenly father ’’ [‘‘mon père céleste ’’] dans le désert de mes dix-sept ans, laissez-moi vous tenir la main encore un peu. Charles Dickens, pour quelques pas de plus, pour quelques mots qui manquent, j’ai encore besoin de vous. De Noël en Noël, vous m’avez accompagnée. À mon dernier Noël, vous serez toujours là. Prenez-moi la main, Charles, et guidez-moi, par une de ces routes poussiéreuses où Nell ensanglanta ses pieds, guidez-moi jusqu’à vous, au paradis… des hommes de lettres.’’ (…) En juin 2005, lors de la traditionnelle présentation des livres de la rentrée à l’école des loisirs, au moment réservé à la toute fraîche collection de biographies Belles Vies, Marie-Aude est entrée, un béret vissé sur sa tête. Ceux qui étaient autour de la grande table de la salle de réunion, ce jour-là, n’oublieront jamais le plaidoyer vibrant qu’elle fit à l’amour, plus qu’à la gloire, de Charles Dickens. C’était un chant, c’était un cri de révolte, c’était une prière. Mais qu’on l’ouvre, qu’on le lise, qu’on le connaisse, qu’on le comprenne ! Qu’on cesse donc de les affubler, lui et ses pairs, de l’étiquette en forme d’inscription mortuaire de ‘‘ classique ’’ ! Qu’on l’appelle un vivant ! Car c’est bien ce qu’il est. Et elle était plus vivante que jamais, d’incarner tout ensemble l’admiration, l’empathie, l’urgence à le partager. Elle avait beau le connaître par cœur, être pétrie, imprégnée, pénétrée de ses œuvres complètes, ces derniers temps elle avait tout relu. Au point de mélanger ses phrases à lui avec les siennes à elle. Ainsi pourvue, elle avait foncé, comme il fonçait. En deux mois, la biographie était finie. Mais elle, elle galopait encore, dans la fièvre de le retenir, de le livrer. »
Comme de juste, le temps passant, son lectorat est désormais de tous les âges. Les anciens enfants la font lire à leurs enfants, comme j’ai moi-même l’espoir que je pourrai lire ses livres à mon petit-fils qui vient de naître. L’inverse arrive aussi : dans un de ses entretiens sur France-Culture, elle raconte comment un petit garçon l’a donnée à lire à sa grand-mère pour qu’elle comprenne ce qu’il aime. Et elle a aimé elle aussi. (« La littérature jeunesse est un passeport entre les générations », entretien sur France Culture.
Parce que j’ai déjà été bien longue dans mes réponses à cette enquête, je vous renvoie, pour la découvrir, à ses livres, Oh boy ! en priorité, et à ses longs entretiens sur France Culture. Et à son merveilleux essai-témoignage sur la littérature jeunesse et le rapport des plus jeunes à la lecture, Continue la lecture, on n’aime pas la récré… (Calmann-Lévy, 1993).
Encore, toutefois, ces quelques mots d’elle : « Partout où je passe, j’invite les adultes à renouer avec leur enfance, à se plonger dans les livres de jeunesse comme dans un bain de jouvence. Il faut se réconcilier avec l’enfant qu’on a été et l’aider encore à devenir grand. Tant d’adultes sont en panne. Panne d’enfance. Les livres de jeunesse, je tiens à le préciser, ne sont pas régressifs. Ils donnent les vitamines pour grandir, pas de la potion magique qui ferait rester petit. Le droit que nous avons de garder accès à notre enfance n’est pas à confondre avec un quelconque enfantillage ou un refus du statut d’adulte. Elle est fragile, cette part d’enfance en nous, et recouverte sous des tonnes de silence. Muette espérance au fond des yeux des grands… » (Continue la lecture, on n’aime pas la récré… p.42.)
Ariane Dreyfus, août 2026
Noms propres cités :
Alain, Jane Austen, Honoré de Balzac, Roland Barthes, Pierre Bayard, Stéphane Bouquet, Gérard Cartier, Sophie Chérer, Colette, Catherine Coquio, Charles Dickens, Pierre Faucheux, Philippe Forest, Gustave Flaubert, André Gide, Imre Kertész, Ruth Klüger, Jacques Lusseyran, Roger Martin du Gard, Sophie Martin, Marie-Aude Murail, Georges Picard, Joseph Ponthus, Albane Prouvost, Marcel Proust, James Sacré, George Sand, Friedrich Schiller, Gérard Schlosser, Jean-Paul Sartre, Julien Starck, Stendhal, Jean Tardieu, Paul Valéry.
Livres cités :
Alain, Propos sur le bonheur ;
Pierre Bayard, Le paradoxe du menteur ;
Charles Dickens, David Copperfield ;
Charles Dickens, Notre ami commun ;
Philippe Forest, L’enfant éternel ;
Imre Kertész, Être sans destin ;
Ruth Klüger, Mémoire dévoyée : kitsch et camps ;
Ruth Klüger, Perdu en chemin ;
Ruth Klüger, Refus de témoigner : une jeunesse ;
Jacques Lusseyran, Et la lumière fut ;
Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui ;
Roger Martin du Gard, Jean Barois ; Roger Martin du Gard, Journal ;
Roger Martin du Gard, Les Thibault ;
Sophie Martin, Classés sans suite ;
Marie-Aude Murail, Continue la lecture, on n’aime pas la récré… ;
Marie-Aude Murail, Oh boy ! ;
Marie-Aude Murail, Passage ;
Joseph Ponthus, À la ligne ;
Albane Prouvost, Meurs ressuscite ;
Albane Prouvost, Ne tirez pas camarades ;
Albane Prouvost, Renard poirier ;
James Sacré, Rougigogne ;
George Sand, Lettres d’une vie ;
Julien Starck, Naviguer sur terre.