Les 50 livres et revues reçus depuis le 12 novembre 2025 pour Poesibao par Florence Trocmé et Isabelle Baladine Howald

Les livres de la liste qui sont suivis d’une étoile sont présentés un peu plus largement dans la deuxième partie de l’article.
•Boris Wolowiec, Météorologie de l’étonnement, les Météores, 2025, 12€ – * –
•Liliane Giraudon, Fragments polyphoniques, Les Presses du Réel, 2025, 24€ – * –
•Jean-Marie Gleize, TRNC, reprises & suites, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 20€ – * –
•Jacques Henri Michot, En lieu & place, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 17€ – * –
•Vincent Broqua, Gaiamen, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 17€ – * –
•Didier Cahen, Petit précis de poésie pour les temps actuels, Tarabuste, 2025, 15€ – * –
•Tim Ingold, Argent sous la lune, Traduit de l’anglais par Joséphine Michel, Fario, 2025, 10€
•Vincent Tholomé, • L’existence • ; Dernier Télégramme, 2025, 16€ – * –
•Anne Malaprade, épuiser le viol, éditions Isabelle Sauvage, coll. Présent (im)parfait, 138 p. 18€ – *
•Christophe Esnault, L’amour ne rend pas la monnaie, L’incertain, 2025, 10€ – * –
•Tomaž Šalamun, soy realidad, texte établi et traduit du slovène par Mathias Rambaud, collags de Zdenko Huzja, Fata Morgana, coll. Le Neuvième pays, 2025, 23€ – * –
•Srečko Kosovel, Les intégrales, texte établi et traduit du slovène par Mathias Rambaud, collags de Zdenko Huzja, Fata Morgana, coll. Le Neuvième pays, 2025, 25€ – * –
•Cédric Le Penven, Un peu d’être, Unes, 2025, 13€
•Emily Dickinson, Une différence intérieure, poèmes 1862, Unes, 2025, 19€
•Elsa Boyer, LUUVV, éditions Impressions, 12€
• Sophie Balso, Ouvriers des mers, éditions Conférence, 2025, 12€
•Nikolaï Goumilev, Le pilier de feu, poèmes choisis, traduits du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Circé, 2025, 24€
•Henri Barbusse, Jésus, Dernier Télégramme, 2025, 14€
•Frédérique Soumagne, Avions, Dernier Télégramme, 2025, 20€
•François Rannou, Ce temps nôtre écru, La Lettre volée, 2025, 14€
•Marine Riguet, Antigone sur la route, Unes, 2025, 19€
•Julie Cayeux, le charabia des chauves-souris, Atelier de l’Agneau, 2025, 18€
•Arthur Billerey, Les Pédoncules élémentaires, préface de Jean-Pierre Luminet, La Rumeur libre, 2025, 19€
•Cécile Oumhani, Le pays qu’on entend à peine, images de Pauline Comis, coll. Graines d’ours, L’Ail des Ours, n° 10, 2025, 11€
•Jacqueline Saint-Jean, nous les inachevés, gravures de Danièle Corre, La Feuille de thé, 2025, 20€
•Paola Niuska Quilici, à l’envers précieux, Bruno Guattari éditeur, 2025, 12€
•Fabrice Gaignault, Un livre, un livre dans la vie de Primo Levi, Arléa, coll. La rencontre, 83 p. 13€
•Benjamin Torterat, Sacré bordel, éditions Sur paroles, 72 p., 8€
•Véniamine Blajenny, La Mort et Chagall, poèmes, choisis, traduits et présentés par Henri Abril, éd. Bilingue, Circé, 2025, 24€
•Yànnis Stìggas, La Multiplication des poisons, traduit du grec par Michel Volkovitch, Le Miel des anges, 2025, 12€
•Coll., Poétesses d’aujourd’hui, Ànna Afendoulìdou, Myrsìni Gana, Krystàlli Glyniadàki, Ànna Grìva, Nìki Halkiadàki, Lèna Kallèrgi, Eftyhìa Panayòtou, Lènia Safiropoùlou, traduit du grec par Michel Volkovitch, Le Miel des anges, 2025, 12€
•Sabine Dewulf, La ferveur des rivières, d’après les encres de Florence Saint-Roch, Editions Musimot, 2025, 13€
•Fred Cimbao, Renaud Allirand, Maritime, Les Bonnes feuilles, 2025, 16€
•François Coudray, Cet autre noir, suivi de Le chemin du Frau, éditions Henry, 2025, 10€
Et aussi :
•Verlaine, Œuvres complètes, T I et T II, édition d’Olivier Bivort, Bibliothèque de la Pléiade, NRF, prix de lancement jusqu’au 1er avril 2026, 69€ chaque volume et le coffret 138€. Prix définitif, 74€ chaque volume et le coffret, 148€.
Poesibao publiera au début de 2026 un dossier complet sur cette édition.
•Collection Fléchette, Sun Editions -*-
○Muriel Pic, Femme capitale, Collection Fléchette, Sun Editions, 18€
○Christophe Manon, Tout disparaîtra, Collection Fléchette, Sun Editions, 18€
○Laura Vazquez, Graine Lumière Cuire, Collection Fléchette, Sun Editions, 18€
Autres
•Marion Brachet, To you at last, écouter les récits des musiques rock et folk, éditions MF, 2025, 22€
•Stéphane Lambert, Fabienne Verdier, les formes de l’invisible, Arléa, coll. La rencontre, 77 p. 16€
•Yves Meessen, Théophanie et Phénoménologie, éditions Ad Solem, 2025, 25€
•Irène Vallejo, L’Infini dans un roseau, L’invention des livres dans l’Antiquité, version graphique de Tyto Alba, scénario Xisca Mas, traduction française, Manuela Corigliano, Les Belles Lettres, 2025, 25,90
Casper André Lugg, Les Biotopes-Marie, traduit du norvégien par Emmanuel Reymond et Pal H. Aasen. -*-
•Thomas Mann, La mort à Venise, traduction de Philippe Jaccottet, Le Bruit du temps, 2025, 13€
•Yannis Kiourtsakis, Camus et Séféris, Une affaire de lumière, couverture de Renaud Allirand, Le tête à l’envers, 2025, 17€
•Coll., Vocalités contemporaines, la voix entre poésie et musique (1947-2024), sous la direction de Laure Gauthier et Anne-Christine Royère, Les Presses Universitaires de Rennes, 2025, 25€
•Romain Graziani, Fictions philosophique du Tchouang-tseu, coll. Tel Gallimard, 2025, 13,90€
Revues
Les Carnets de l’Imec, n° 24, automne 2025
Haha, Eklyz, n° 1(Arnaud de Paepe), 2 (Jorn H. Svaeren, 3 (Claude Royet-Journoud), un demi A4 plié en deux, 2€
Les Lettres françaises, novembre 2025, nouvelle série n° 83 (249), « Les voix de Palestine ».
Présentation de certains des ouvrages de la vitrine.
📖
-*- Liliane Giraudon, Fragments polyphoniques, Les Presses du Réel, 2025, 24€
Le premier volume d’essais consacré à l’œuvre de Liliane Giraudon explore la diversité de son œuvre, son interdisciplinarité mais aussi sa cohérence, et permet de comprendre ce qui fait sa force et son importance dans le paysage littéraire contemporain.
Liliane Giraudon a publié l’essentiel de son œuvre aux éditions P.O.L, tout en animant des revues (Action poétique, Banana Split, If, La gazette des jockeys camouflés) et en multipliant les pratiques (tracts, fanzines, livres d’artistes, dessins, expositions, ateliers de traduction, feuilletons, vidéo, théâtre, radio). Entre prose et poésie, son œuvre affectionne les « genres mineurs » et les « mélanges adultères ». De La poétesse à La jument de Troie, elle pose « la question du sexe des livres comme de ceux qui les ouvrent ». Elle interroge le quotidien, « braconne dans la vie de tout le monde », invente dans la langue des stratégies de pillages, détournements, inventions, découpages, et fait entendre des voix.
Les contributions réunies dans ce volume critique s’attachent à ces fragments polyphoniques et aux multiples facettes d’une œuvre foisonnante et combative.
Liliane Giraudon (née en 1946 à Cavaillon, vit et travaille à Marseille) est femme de lettres, poétesse et traductrice. Son travail d’écriture, situé entre prose (la prose n’existe pas) et poème (un poème n’est jamais seul) semble une traversée des genres. Entre ce qu’elle nomme « littérature de combat » et « littérature de poubelle », ses livres dressent un spectre accidenté. A son travail de « revuiste » (Banana Split, Action poétiques, If…) s’ajoute une pratique de la lecture publique et de ce qu’elle appelle son « écriredessiner » : tracts, livres d’artiste, expositions, ateliers de traduction, feuilletons, vidéo (avec Patrick Laffont), théâtre (avec Geoffroy Coppini, Hubert Colas, Yves-Noël Genot et Robert Cantarella), radio (Atelier Création Radiophonique et Fictions France Culture), actions minuscules… En 2013 elle co-dirige chez Bazar édition un mensuel de poésie La gazette des jockeys camouflés, 13 numéros. Une existence tordue pourrait être le titre de son laboratoire d’écriture où circulent des voix.
-*- Jean-Marie Gleize, TRNC, reprises & suites, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 20€
Jean-Marie Gleize poursuit un cycle poétique et narratif initié il y a 35 ans en composant des variations sur le thème inépuisable et insaisissable de la mémoire.
TRNC est le onzième volume d’un cycle commencé en 1990 avec un livre intitulé Léman. Son titre reprend celui d’un des volumes de la série, publié en 2011, qui s’intitulait Tarnac. Une lettre est tombée en chemin, la lettre A, celle des commencements. Comme le sous-titre l’indique, « Suites & reprises », l’intention est d’abord musicale : il s’agit bien d’une partition, de répétitions, de retours, de variations sur un thème dont la matière, la mémoire, est à la fois inépuisable et insaisissable. Ce thème a le nom d’un lieu, ou plutôt d’un espace, à la fois lié aux jeux d’enfance, aux silences de la forêt, aux traces d’un passé et d’un présent interminablement politiques (la Résistance, l’utopie communautaire). Mais le présent simple ne se résume pas, il échappe à tout le visible, comme à tout l’invisible, il est convoqué ici sur le mode de l’entre voir.
-*- Jacques Henri Michot, En lieu & place, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 17€
Le tout premier livre (pensé comme tel) de Jacques-Henri Michot, resté inédit, où l’on retrouve toutes les techniques d’écritures utilisées dans ses ouvrages suivants avec déjà, comme principale boussole, l’écriture comme arme contre la barbarie.
En préambule, l’auteur écrit : « En lieu et place […] est le tout premier texte que j’aie proposé – sans succès – à un seul et unique éditeur. Il était attribué à François B, qui, dans Un ABC de la barbarie, deviendra, avec ses amis Barnabé et Jérémie, l’un de mes trois hétéronymes, à moins que délégués ou représentants en existence. De quoi s’agissait-il ? Un homme de cinquante-sept ans estimait qu’il était temps et grand temps d’entreprendre la confection de l’un de ces Geisteswerke ou Geistesprodukte [lire : « produit intellectuel »] ».
Ce livre est donc le premier de Jacques-Henri Michot (ou tout du moins le premier qu’il tenta de publier). Bien entendu on y retrouve l’esprit de Un ABC de la barbarie, mais également toutes les techniques d’écritures (fragments, citations, narrations parcellaires, bribes, confrontations d’énoncés, mentions diverses…) utilisées dans ses autres ouvrages avec déjà, comme principale boussole, l’écriture comme arme contre la barbarie.
Quoi qu’il en puisse en être, voici ce qui suit le terme de renouvellements :
– du nerf
– du calme
– tout reprendre
– organiser ; ponctuer.
– aucun masque.
– rien de moi.
– AINSI, LE TOUT PARFAITEMENT CLAIR.
Jacques-Henri Michot (né en 1935) est écrivain. Il a été professeur de littérature comparée, d’histoire du jazz et de théâtre brechtien à l’université de Lille III.
-*- Vincent Broqua, Gaiamen, Les Presses du Réel, coll. Al Dante, 2025, 17€
Vincent Broqua détourne la traduction pour vandaliser les classiques littéraires dans un acte sensuel, et forme le vœu d’une éthique gaie pour notre époque.
« Gaiamen » signifie « gaiement » en occitan, on y entend aussi gaia, la terre, et peut-être men : dans ce livre, des êtres queer inventent des modalités autres de faire tenir leur corps ensemble, pour notre époque, car nous en avons besoin. Comme le dit le texte « Guérissez toustes, unissez-vous » puisque désormais nous sommes « toustes dans le même bain ».
Tour à tour insolent, explicite et crypté, Gaiamen est une déclaration d’amitié par l’élaboration d’« outils de touche » : adresse directe aux lecteurices, préparation parlée à la traduction, chants amoureux-sexe, prose narrative politique, « traductions louches ». Oui dans Gaiamen la traduction est un acte sensuel, ainsi on relit et traduit des poètes et penseurs chinois (Li Ju Bao), étatsuniens (Gertrude Stein, John Wieners, David Melnick, John Chalslie…) et d’autres encore (Simone Weil, Sarah Ahmed, Liliane Giraudon, Béatrice de Die…), auteurs vrais ou inventés.
Gaiamen emprunte à l’auto-théorie (Chris Krauss, Maggie Nelson, Hélène Giannecchini…) mais une auto-théorie poétique pour refonder une politique de la gaieté. Les poèmes s’écrivent au contact de l’œuvre de David Melnick, poète gay de San Francisco, poète oublié dont l’œuvre est pourtant majeure. Au début de l’épidémie de Sida, il avait traduit l’Iliade homophoniquement en transférant l’action des trois premiers chants homériques dans les saunas gay de sa ville. Son Iliade qu’il intitule Men in Aida et que Gaiamen appelle « homophonikée », convertit des guerriers en héros de la tendresse et de la sexualité queer dans gangbang de langue : adieu la guerre des rois et des dieux, bonjour la gaieté combative, bonjour la syntaxe d’une démocratie autonome, bonjour les corps polyamoureux.
En détournant donc la traduction par la « traduction louche », Gaiamen vandalise ou gangsterise et truande les classiques et les contemporains. Il forme le vœu d’une éthique gaie pour toustes, car nous en avons bien besoin.
« la poésie que j’écris s’adonne le plus souvent à l’amitié, c’est bien ce qui nous reste, et pourtant aucun membre de notre collectif ne lit jamais ses propres travaux poétiques. Politique de la disparition. On se dissout dans ce lieu. J’enfreins donc une règle. Oui je suis gangster en anglais, et truan en occitan mais à vrai dire comme il y a un pseudo-Longin, et un pseudo- Plutarque, je ne suis qu’un pseudo-gangster, je n’enfreins pas vraiment la règle car je vais parler la traduction, et puis je viens d’entamer une forme. »
-*- Tomaž Šalamun, soy realidad, texte établi et traduit du slovène par Mathias Rambaud, collags de Zdenko Huzja, Fata Morgana, coll. Le Neuvième pays, 2025, 23€
Dédaignant les planches pourries qui lui étaient proposées pour perpétuer l’ennui d’une tradition conservatrice, Tomaž Šalamun (1941-2014) forma très tôt le plan de “dynamiter la montagne” afin d’obtenir les pierres nécessaires à la construction du “palace” qu’il avait à l’esprit ; une telle ambition individuelle ne pouvait que se heurter à la société, a fortiori sous sa forme communiste.
Ostracisé par le pouvoir yougoslave, brièvement emprisonné pour ses écrits, il fait paraître ses deux premiers recueils, Poker (1966) et Namen Pelerine (1968), en samizdat. En 1970, alors membre du collectif slovène d’art contemporain OHO, il est invité à New-York par le Museum of Modern Art. Cette découverte décisive de l’Amérique, où il ne cessera jamais de faire de nombreux et longs séjours, Šalamun la décrivait comme sa deuxième naissance. Définitivement “guéri de la faim pathologique des littérateurs européens”, c’est à Ithaca, à Yaddo, à Mexico, à Guatemala, qu’il embrassa son destin : celui d’un poète qui se présente comme tel, sans honte, avec la dignité et la simplicité d’un maçon. Jalon d’une intense période mexicaine, Soy realidad (1985) nous plonge au coeur d’une poésie fraîche et exubérante, irrévérencieuse et absurde, qui est la réponse anarchique aux pouvoirs du langage et aux puissances de la vie.
Tomaž Šalamun s’est distingué à la fin des années soixante comme figure de proue de l’avant-garde poétique slovène. Influencé par le surréalisme français, le futurisme russe et la modernité américaine, son style se caractérise par un onirisme anarchique et un esprit ironique qui défient les conventions littéraires. S
Une nouvelle collection che Fata Morgana : soy realidad inaugure, aux côtés des Intégrales de Srečko Kosovel, la collection Le neuvième pays qui accueillera des traductions inédites de poètes de l’Europe centrale et de l’est, anciens comme contemporains. Elle est le fruit d’un travail partagé avec le traducteur Mathias Rambaud qui fut attaché culturel à l’Institut Français de Slovénie à Ljubljana.
1000 exemplaires sur vélin de Ljubljana.
-*- Srečko Kosovel, Les intégrales, texte établi et traduit du slovène par Mathias Rambaud, collags de Zdenko Huzja, Fata Morgana, coll. Le Neuvième pays, 2025, 25€ – * –
Livre mythique, fondateur de la poésie d’avant-garde slovène, Les Intégrales de Srečko Kosovel (1904-1926) souffrait d’un malentendu qu’il était temps de lever. Le présent volume en éclaire, d’une part, la genèse mystérieuse et tourmentée au milieu des années 1920, entre échos de la Révolution d’Octobre et naissance de la Yougoslavie, constructivisme russe et avant-gardes européennes ; et, d’autre part, la réception lors de sa publication posthume, quarante ans plus tard, sous la double impulsion de la néo-avant-garde des années 1960 et une première édition française ayant fait date. Dans une version inédite et une forme originale, commandées par la connaissance la plus actuelle que nous ayons de l’œuvre de Kosovel et de son évolution intellectuelle et spirituelle, il offre à ce jour la plus ample présentation de ses poèmes en traduction (toutes langues confondues). A la veille du centenaire de sa mort, puisse-t-il aider à la redécouverte d’une figure parmi les plus marquantes, touchantes et secrètes de la poésie d’Europe centrale du début du XXe siècle : celle du “fier jeune homme chantant dans la nuit”.
Srečko Kosovel était un visionnaire, souvent comparé à Rimbaud ou Maïakovski. Malgré sa courte vie – mort à seulement 22 ans d’une méningite –, il laisse une œuvre riche et révolutionnaire, traversée par la critique sociale et son aspiration à un monde nouveau.
1000 exemplaires sur vélin de Sežana.
25 euros.
-*- La collection Fléchette de Sun édition.
La collection Fléchette, dirigée par Adrien Genoudet, et éditée par sun/sun), est une collection de livres où dialoguent les images des Archives de la Planète avec des textes d’auteurs et d’autrices contemporain.es
Les Archives de la planète, une collection photographique :
Dès 1912, Albert Kahn façonne le projet de constituer, selon ses propres dires : « une sorte d’inventaire photographique de la surface du globe, occupée et aménagée par l’homme, telle qu’elle se présente au début du XXe siècle ». Ainsi naissent les « Archives de la Planète », vaste projet documentaire qui constituent aujourd’hui le socle des collections du musée départemental Albert-Kahn.
-*- Casper André Lugg, Les Biotopes-Marie, traduit du norvégien par Emmanuel Reymond et Pal H. Aasen éditions [Eklyz], 2025, 16€
les biotopes-marie est la traduction, par Emmanuel Reymond et Pål H. Aasen, du sixième recueil du poète norvégien Casper André Lugg, mariabiotopene, publié en 2020. C’est le premier livre de son auteur à être publié en France.
Né en 1985, Casper André Lugg est l’auteur d’une œuvre presque tout entière située dans l’espace de rencontre entre l’homme et une nature qui apparaît aussi bien comme un enjeu d’attention que comme un terrain pour l’exploration d’une langue dans la langue, à travers laquelle un autre rapport au monde est rendu possible
-*- Didier Cahen, Petit précis de poésie pour les temps actuels, Tarabuste, 2025, 15€
Petit précis de poésie est d’abord le livre d’un écrivain, poète et essayiste, qui parle du fond de son expérience ; l’auteur s’en explique dans un entretien à la fin du volume. Néanmoins l’ouvrage a une visée clairement pédagogique. La première partie de l’ouvrage dresse un « état des lieux » actuel (édition, médias, enseignement, I.A., etc.) sans oublier la dimension historique. Les deux études qui suivent décrivent les mutations du champ poétique depuis un demi-siècle, en insistant plus particulièrement sur la « poésie après Auschwitz » (Celan, Jabès) et sur la place des poètes liés à la revue l’Éphémère (Dupin, Bonnefoy, du Bouchet…). En manière de bilan, peut-être, l’auteur éclaire d’un jour nouveau, notre modeste participation à la compréhension de cette aventure singulière dans la littérature qu’est le geste poétique…
-*- Tim Ingold, Argent sous la lune, Traduit de l’anglais par Joséphine Michel, Fario, 2025, 10€
Argent : bien qu’une multitude d’objets diffusent le même éclat, la même blancheur, depuis les astres jusqu’aux poissons, c’est au métal que revient la charge de porter ce nom, ce générique argent. Et ce minerai issu des profondeurs de la terre est à la croisée de deux chemins, celui de la matière et celui de la lumière.
L’un des paradoxes du visible est le suivant : si la lumière rend visibles les objets du monde, elle-même, dans sa constitution physique ondulatoire, nous ne la voyons jamais. Et pourtant l’expérience de la luminosité — ses éclats, ses fulgurances, ses scintillements — nous est constante, et irremplaçable. Loin d’être un simple rayon, nous reliant à sa lointaine source solaire ou lunaire, la lumière éclaire notre conscience du monde, elle baigne notre vision tout autant qu’elle se projette sur notre rétine. Elle est une familiarité avec le monde, une manière dont il use pour nous toucher et dont nous usons pour lui répondre. C’est dans nos propres yeux qu’elle brille. Mais le monde moderne a fait de la vision un sens objectivant, nous éloignant toujours plus des foyers de notre prétendue connaissance.
Si la lumière des choses leur est propre, que nous révèle l’éclat de blancheur ou de cendre dont nous dotons l’argent ?
À travers l’expérience historique et anthropologique des qualités lumineuses du métal, depuis les intuitions des alchimistes et jusqu’à sa propre expérience des paysages de Laponie sous la lune, en passant par l’étude du travail de l’artiste contemporain Richard Wright, Tim Ingold propose ici, sur un mode parfois discrètement poétique, une magnifique étude de cette matière à laquelle nos sociétés ont voué un culte que l’on dirait de plus en plus mortifère.
Comme s’il s’agissait de sauver la lumière.
-*- Anne Malaprade, épuiser le viol, éditions Isabelle Sauvage, coll. Présent (im)parfait, 138 p. 18€
Avec un titre-projet qui déroute le réflexe d’une terminologie, Anne Malaprade observe dans Épuiser le viol les partenaires coupables d’un corps et de son esprit, les fissures où tyrannisent dominés et dominants au sein d’un même être – ou de mêmes êtres quand les places qu’ils occupent dans ce texte s’interchangent. « Parfois Peur frayeur, parfois Peur terreur, parfois Peur ardeur. Ça commence dans le ventre, un poids invisible qui appuie sur les organes intérieurs, c’est continu et plein, une matière qui ne contient rien sinon la masse indécidable, grise, entêtée. » – un entêtement pour ne pas perdre de vue l’endroit déchiré, par les autres mais aussi par soi.
Dans la banalité d’un quotidien, les personnages et leurs ombres défilent, s’échangent les rôles au gré d’une fable à la fois poétique et animale : on croise les Violettes, le Loup, le Petit, la Louve, la Love, la Lune… mais aussi l’Enviolé(e), l’Envioleur, la Déviolée, l’Inviolée… autant de masques impersonnels qui rebattent les cartes des violences à la fois coupables et victimes au sein du corps et de la cellule familiale – le corps-femme ou femelle principalement, aux prises avec la féminité, la maternité, le désir et les murs charnels ; ses douleurs et ses révoltes : « Louve se déconstruit dans la gueule de ses parents et sur la bouche de ses enfants. » Et toujours l’écriture-glaive pour tourner autour, qui s’interroge afin de ne pas laisser le présent pourrir : « […] elle se doute que quelque chose ne va pas dans son écriture, les mots la répètent et la reprennent, les scènes la hantent, elle glisse vers la répétition qu’elle exècre, elle est rattrapée par le flux et le retour, ça revient, elle ne sait pas dire l’amour d’un Loup, l’amour doux, elle n’ose pas écrire qu’elle a peur de contraindre la nécessité au hasard ».
Résolument tournée vers la poésie, l’écriture d’Anne Malaprade est de l’ordre du sensoriel – quasi olfactive – comme on a pu l’observer dans ses précédents textes. Ici l’argan, le vin lourd, le miel, les figues et les prunes, la sécheresse du pain et l’obsession du trop sucré. Des saveurs méditerranéennes comme pour adoucir l’âpreté des souvenirs qui se confondent et les places impossibles à tenir quand toujours « Entre vol et viol il faut choisir l’irréparable. »
-*- Christophe Esnault, L’amour ne rend pas la monnaie, L’incertain, 2025, 10€
L’amour ne rend pas la monnaie propose une série de fragments rieurs. Là où logent de légères ou plus troubles tragédies, on rencontre parfois l’amusement ou l’hilarité. Le livre a été un succès numérique en 2012 se plaçant numéro 1 des ventes (devant Murakami). Il est augmenté de dix textes inédits pour cette version en pages frémissantes. La mère aux trousses, Troubles du comportement, La gardienne du zoo et autres surprises.
-*- Vincent Tholomé, • L’existence • ; Dernier Télégramme, 2025, 16€
Vincent Tholomé vient avec ce livre faire la somme d’une « existence poétique ». Les poèmes sont ceux d’Anton Nijkov que l’auteur aurait découverts dans une ancienne friche industrielle, parcourant les murs des bâtiments.
Nijkov était graphomane, il avait son monde, il a laissé au notre des phrases sous forme de slogans, d’apostrophes ou de lettres poétiques.
Tholomé les retranscrit pour nous, dans un livre qui se situe hors du temps et convoque des voix qui peuvent faire trembler nos corps et nos certitudes pour dire JE existe encore. JE est joie.
-*- Sophie Balso, Ouvriers des mers, éditions Conférence, 2025, 12€
Ouvriers des mers est une œuvre d’attention. Sans doute l’auteure renoue-t-elle avec la longue fascination pour les ports, et singulièrement les ports marchands, et pour les lointains dont tant de « marines » ont été la traduction. Mais ici, rien de la rêverie si souvent convenue dont la littérature, la poésie ou la peinture nous ont nourris : les lointains ont changé de coefficient, pour ainsi dire, en se rapprochant de nous. Ils témoignent d’abord d’un effort et d’un travail humains, dont Sophie Balso décrit la puissance sur les corps et les vies.
Tenir dans la même main tous les prestiges du voyage et la dure réalité du travail, l’attention à des êtres bien réels et à un port précis, celui du Havre, voilà l’équilibre propre de ce texte, dont la sobriété ciselée interroge notre façon de vivre et de consommer sans voir.
Sophie Balso vit entre Le Havre et Paris. Elle enseigne dans un lycée, donne des cours en maison d’arrêt et travaille avec des réfugiés. Elle est bénévole au Seamen’s club du Havre, une association qui accueille les marins en escale. Elle est l’auteur de Chroniques de l’école et de Fragments, dont des extraits ont été publiés dans la revue Europe (n° 1137-1138, janv.-fév. 2024 et n°1152, avril 2025).
En couverture : Jean-Baptiste Sécheret, Le Havre, vendredi 3 mai 2024. Huile sur carton préparé. 19 x 24 cm (détail).


