Les 28 livres et revues reçus depuis le 23 janvier 2026 pour Poesibao par Florence Trocmé et Isabelle Baladine Howald.
Les livres de la liste qui sont précédés d’une étoile sont présentés un peu plus largement dans la deuxième partie de l’article.
*Françoise de Laroque, Emmanuel Hocquard, A distance, lettres – récits – lectures, ensemble établi par Davis Lespiau, Éric Pesty Editeur, 2026, 28€
Pierre Drogi, Des souliers pour Spiridon, coll. Les parallèles croisées, Les Lieux-dits, 2025, 12€
Julien Blaine, Dé(&)tasser, Fidel Anthelm X, 2026, 18€
Michèle Finck, L’arrière-silence, Arfuyen, 2026, 18€
*Anthologie, Ukraine la poésie en guerre, éditions abstractions, 19,99 €
*Lucas Rijneveld, membrane du veau, trad Kim Andriga et Daniel Cumin, Unes, 2026
*Collectif, Abécédaire de l’amour occasionnel, L’index, 2026
*Breyten Breytenbach, Capturer le vent, édition bilingue, traduit de l’afrikaans par Georges-Marie Lory, préface de J.M Coetzee, Editions Seghers, 2026
*Maurice Chappaz, Verdures de la nuit et autres poèmes, avant-propos de Philippe Jaccottet, préface de Jacques Vandenschrick, Poésie/Gallimard n° 597, 2026, 8,40€
*Victor Malzac, Lessive, Le Castor Astral, 2025, 15€
Victor Malzac, Le monstre mur, Les Corps conducteurs, 2025, 17€
Li Shangyin, Mémoire et vestiges de la neige, suivi de Poèmes sans titres, 58 poèmes traduits du chinois classique, présentés et annotés par Gilles Cabrero, Vagabonde, 2026, 23€
Daniel Charneux, I’m not M.M., Arléa, 2025.
France Huser, Les rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, une amitié avec René Char, Arléa, 2025, 14 €
Gilles Plazy, Le Paris des poètes, Editions Alexandrines, 2026, 10, 90€
Romain Fustier, Un sous-bois dans sa voix, coll. Jour & Nuit, Les lieux-dits, 2026, 15€
Juliette Sarkadi, Points sensibles, Editions du Chameau, 2026, 12€
Flore Nélin, Là devant ciel, dessins et images de Véronique Abélès, collection ficelle et Plis urgent 164ème, novembre décembre 2025, Rougier V éd., 13€
Loïc Demey, Adèle aux couleurs, coll. Sur le vif, Cheyne éditeur, 2026, 12€
Marie Rouzin, Au cas où, coll. Sur le vif, Cheyne éditeur, 2026, 12€
Pascal Pozzo di Borgo, Le tulipier me salue, Association française du haïku, 2026, 8€
Georges Cathalo, La Petite Toscane, 560ème Encres vives, février 2026, 6,60€
Christian Sapin, Resistere, 561ème Encres Vives, mars 2026, 6,60€
Katherine L. Battaiellie, Empreintes, Cahiers du Loup bleu, Les Lieux-Dits, 2025, 7€
Revues
Les Lettres françaises, janvier 2026, nouvelle série n° 85 (251), 4€
L’écharde, n° 7, 2025, 10€
Kes Kiels Foutent, petite collection fanzimatique, éditions La Baie des singes.
Gong, revue francophone du haïku, janvier-mars 2026, n° 90, 7€
Françoise de Laroque, Emmanuel Hocquard, A distance, lettres – récits – lectures, ensemble établi par Davis Lespiau, Éric Pesty Editeur, 2026, 28€
À distance ou à la lettre, pour reprendre la lecture d’Emmanuel Hocquard au prisme de l’épistolaire, 93 lettres écrites à Françoise de Laroque entre 1971 et 1983. Questionnements, changement de nom, début d’Orange Export Ltd, premier livre publié chez Hachette/P.O.L., séjours aux Etats-Unis, et enfin chantier du roman Aerea dans les forêts de Manhattan, omme.de suture biographique. À distance et jusqu’à aujourd’hui, pour reprendre les éléments de réponse de Françoise de Larocque, sous la forme du témoignage de la lettre posthume et de la lecture critique de l’œuvre. Ce livre de correspondance est le récit à deux voix d’une aventure décisive de la poésie contemporaine, de point un livre des commencements.
Anthologie, Ukraine la poésie en guerre, éditions abstractions, 19,99 €
Créé et dirigé par Volodymyr Tymchuk
Insurrection poétique. La poésie constitue une arme de révolte et de résistance pour un horizon de paix et d’espoir. Un remède, aussi, pour guérir les plus grandes souffrances. Établie sous la direction de Volodymyr Tymchuk, Ukraine, la Poésie en Guerre est une anthologie qui réunit cent poèmes de cent auteurs pour dévoiler un panorama instantané des cent premiers jours de la résistance ukrainienne, et témoigner du désir de vivre des Ukrainiens face à l’agression sanguinaire de la Russie.
Une centaine d’auteurs, dont plusieurs d’entre eux ont à ce jour donné leur vie pour l’Ukraine, soixante-quinze traducteurs, et des dizaines de bénévoles se sont mobilisés pour cette exceptionnelle anthologie. Réunissant de poignants poèmes de guerre, de douleur, de révolte et de foi, ce livre fait entendre au monde la voix du peuple ukrainien. Un appel déchirant qui nous dit de ne pas oublier cette guerre épouvantable qui gronde à nos frontières, ce « pays qu’on enchaîne », selon les mots de Joseph Kessel, et ce peuple qu’on tue.
Lucas Rijneveld, membrane du veau, trad Kim Andriga et Daniel Cumin, Unes, 2026
La membrane du veau est l’enveloppe fœtale qui entoure l’animal à sa naissance, et qu’il doit percer pour naître. Allégorie magnifique pour un premier livre, qui retrace la chronique d’une adolescence incertaine, d’une enfance comme un conte nocturne scandinave, plein de nuit, de glace et d’oiseaux qui cognent aux carreaux. Nous sommes dans un univers rural, avec ses animaux, ses watergangs, ses odeurs de kermesse, son atmosphère religieuse, et le cercueil du frère. C’est un livre imprégné de la mélancolie de l’enfance, d’une jeune fille qui voudrait rêver près de quelqu’un, un livre où les êtres « flottent entre fuir et désir d’être vus ». Livre d’une jeune fille qui n’est pas sûre d’être une fille, qui voudrait, en écartant « suffisamment les bras », faire sortir la fille d’elle-même. Un livre pour se rassembler. On est frappé par la douceur qui émane de ces poèmes de l’incertitude qui se présentent comme de longues phrases de proses qui ne vont à la ligne que pour devenir un poème, pour s’inventer poèmes. Rijneveld joue des images avec une profusion saisissante, comme si le livre était tout entier dans la vélocité du regard d’une enfant qui voudrait tout voir, tout embrasser, et qui ressent ce qu’elle ne voit pas. Il en résulte que ce qui est mouvant, incertain, complexe, fuyant, outré, c’est le monde et pas soi. Souvent la douleur affleure dans la brutalité d’une image. Le temps de s’en remettre, le texte est déjà plus loin, grâce à cette capacité de transgression de l’espace par les images, une aisance à se projeter plus loin grâce à la fulgurance des images. Membrane du veau est mû par le désir d’atteindre l’autre rive, « là où le monde était censé commencer pour de bon ». Et cette traversée passe par une forme de sensualité dans l’évocation amoureuse, le premier baiser, les corps étendus dans l’herbe, plus tard la tendresse d’une tête qui repose sur une cuisse, d’une mèche de cheveux replacée derrière l’oreille par des mains aimantes, que vient aussitôt contraster la dureté d’être une fille, d’avoir un corps de fille « aussi fragile qu’un spaghetti cru », d’être désirée comme une fille. Car la traversée vers l’autre rive réside dans cette question du corps bloqué dans l’enfance, et comment grandir tout en gardant « l’enfant en soi » ? C’est que l’on conserve les enfants pendant 18 ans dans l’utérus familial avant de les expulser. Rijneveld écrit ses poèmes pour s’extraire de cette membrane, souffle des bulles de savon où se reflète son visage et quand elles éclatent, songe à toutes ces versions de son existence, et « pas une seule pour perdurer ». C’est un livre de mue où « la peau tombe tel un costume dominical », écrit au féminin par celle qui s’appelait encore Marieke, avant de devenir Lucas – le nom que ses parents lui auraient donné si elle était née garçon – par la grâce d’un dernier poème poignant de beauté, où tout semble enfin réuni, souffle coupé, le temps d’une danse avec une fille un soir de nouvel an, une cigarette entre les lèvres. C’est la force de la poésie de nous faire croire un instant que les choses peuvent être aussi simples, aussi belles, aussi réconciliées.
Collectif, Abécédaire de l’amour occasionnel, L’index, 2026
A – Âme Animalité, Myette Ronday, B – Beauté d’amour, Daniel Malbranque, C – Corps et cœur, Valéry Molet, D – Désir, Christophe Manon ,E – Envie, Patrick Corneau,F – Frustration, Valéry Molet, G – Géographie mentale, Marie-Hélène Prouteau, H – Hasard, Jean-Claude, I – Comme Intermède, Valère-Marie Marchand, J – Jardin Didier Ayres, K – Kaléidoscope, Luc Dellisse, L – Libre liturgie, Daniel Malbranque, M – Miroir Muse Musique, Yves Arauxo – Nudité, Jean-Pierre Otte, O – Occasion, Patrick Corneau, P – Plaisir, Virginie Poitrasson, Q – Quant-à-soi ,Marc Wetzel,R – Rêve réel : l’une, l’autre voix, Sylvie Fabre G, S – Le sens et les sens, Jean-Claude Tardif, T – Tel quel, Marc Wetzel, U – Un l’autre, Marie-Hélène Prouteau, V – Vague à l’âme, Valère-Marie Marchand, W – Wagon-lit, Myette Ronday, X – Inconnue, Jean-Pierre Otte, Y – Yeux, Luc Dellisse, Z – Le degré Zéro, Jean-Pierre Otte,
Breyten Breytenbach, Capturer le vent, édition bilingue, traduit de l’afrikaans par Georges-Marie Lory, préface de J.M CoetzeeEditions Seghers, 2026
Peintre et homme de lettres sud-africain, considéré comme le plus grand poète de langue afrikaans de la deuxième moitié du XXe siècle, militant de la lutte contre l’apartheid, contraint à l’exil, puis emprisonné en 1975, pour sept ans, par le régime nationaliste, suscitant alors la mobilisation de la communauté internationale, Breyten Breytenbach, disparu en 2024, fut une figure majeure de notre temps.
Cette anthologie réunit des textes publiés en Afrique du Sud entre 1970 et 2019 – poèmes écrits dans sa langue maternelle, qui permirent à Breyten Breytenbach de toujours maintenir un lien avec son pays. Marquée par la douleur de l’exil, oscillant entre une rage sourde, parfois désespérée, et la quête salvatrice d’une grâce immanente, cette somme poétique embrasse toutes les dimensions de la vie, tant matérielles que spirituelles : passion pour la nature sauvage, jouissance et réconfort de l’amour, combat pour la liberté…
Maurice Chappaz, Verdures de la nuit et autres poèmes, avant-propos de Philippe Jaccottet, préface de Jacques Vandenschrick, Poésie/Gallimard n° 597, 2026, 8,40€
Maurice Chappaz (1916-2009) est une des figures les plus marquantes de la littérature suisse romande du XXᵉ siècle. Ami indéfectible de Gustave Roud et de Philippe Jaccottet, époux de Corinna Bille, Chappaz fut le chantre de son pays natal, le Valais, mais aussi un grand voyageur. Ce n’est pas au nom d’une mélancolie passéiste qu’il magnifie l’univers naturel dans ses vers et dans ses proses, mais dans la conscience de ce qui se perd de l’humain dans le rapport destructeur que les temps modernes ont adopté vis-à-vis de la nature. Sa poésie entraîne le lecteur dans la quête fervente d’un rapport humble et juste au monde.
Victor Malzac, Lessive, Le Castor Astral, 2025, 15€
Un enfant cherche à percer le mystère de son oncle disparu le jour de sa naissance. À mesure qu’il grandit, sa compréhension des phénomènes qui l’inquiètent s’accroit. Il se demande d’où vient la nourriture qu’il mange, l’épuisement de sa mère, les déchets qui s’entassent autour de lui. Les interprétations qu’il donne à ses questions sans réponse, brutales et obsessionnelles, finissent par contaminer son existence. Ses certitudes vacillent et toute tendresse disparait.
Victor Malzac, Le monstre mur, Les Corps conducteurs, 2025, 17€
Quelqu’un s’adresse à nous. Nous ne saurons pas qui c’est. Cette personne nous parle depuis la chambre d’hôpital où elle est née et où sa vie est destinée à se dérouler. Des infirmières et des médecins la surveillent, l’examinent, la monitorent. La seule échappatoire à cette routine médicale est une fenêtre, par laquelle elle aperçoit des bribes du monde extérieur, et ces moments imprévisibles où un monstre protéiforme, à la fois inquiétant et consolateur, vient la prendre dans ses bras. Il lui murmure alors des choses : le monde est contre elle, tout ceci n’est qu’un complot, peut-être est-elle le cobaye d’une expérience qui conspire à lui nuire. Peu à peu, la réalité se distend, les murs de la chambre s’élargissent, les mots débordent d’eux-mêmes, et la violence affleure…
Né en 1997, Victor Malzac est l’auteur de 4 recueils de poèmes, dont Dans l’herbe, Prix littéraire de la vocation, Vacance, Prix apollinaire découverte, et Lessive, le Castor astral. Créatine, son premier romana figuré dans la liste des meilleurs livres de l’année 24 du journal Le Monde.
*Li Shangyin, Mémoire et vestiges de la neige, suivi de Poèmes sans titres, 58 poèmes traduits du chinois classique, présentés et annotés par Gilles Cabrero, Vagabonde, 2026, 23€
La poésie des Tang (618-907) est surtout connue en Occident à travers les œuvres de grands maîtres du VIIIe siècle, tels que Li Bai (702-752), Du Fu (712-770) ou Wang Wei (c. 701-761). De cette période, souvent qualifiée d’âge d’or, s’ensuivra, au siècle suivant, l’avènement d’une génération tout aussi féconde, dont Li Shangyin (813-858) — avec Li He (790-816), Du Mu (803-852) et Wen Tingyun (c. 812-c. 870) — est une des figures majeures. La force de ses vers, leur fulgurance et leur étrangeté marquèrent durablement l’art poétique chinois, du « style de Xikun », sous les Song du Nord (960-1127), jusqu’à Fei Ming (1901-1967), à l’époque républicaine (1912-1949), qui décelait dans l’indistinction subjective de la narration, chez Li Shangyin et Wen Tingyun, les prémices du courant de conscience.
Li Shangyin écrivit des poèmes sans titres tout au long de sa vie, la plupart ayant trait à l’amour. Ces pièces, généralement présentées de façon éparse, sont ici rassemblées dans leur quasi-intégralité. Tantôt portraits intimistes d’amantes ou de courtisanes, tantôt évocations de figures légendaires, elles permettent au fil des ans d’appréhender chez l’auteur la manière dont le désir se conjugue au discours.
