Stefan Zweig, dits et maximes, 4 grands extraits bilingues


Quelques extraits autour de la création de “Ainsi parlait Stefan Zweig”, dits et maximes traduits et publiés par Gérard Pfister



Comme des hommes qui pourraient parfaitement se comprendre vivent dans des maisons voisines sans jamais se rencontrer, il est toujours à mes yeux profondément tragique que des êtres n’accèdent pas à des livres qui pourraient marquer leur vie.
(p. 39)

Ich empfinde es nur immer als tiefste Tragik, daß – so wie Menschen, die sie ganz verstehen können, Haus an Haus wohnen, ohne sich je zu begegnen – Menschen nicht zu jenen Büchern kommen, die ihnen Erlebnis sein könnten (Lettre à Rainer Maria Rilke, 11 mars 1907).  

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Shakespeare et Balzac sont pour moi les pôles de tout art, parce qu’ils sont les deux plus grands créateurs d’hommes. Goethe – cela semble un blasphème – est pitoyablement pauvre en hommes à côté de ces deux-là.
(p. 40)

Shakespeare, Balzac sind für mich die Pole alle Kunst, weil sie die beiden größten Menschenschöpfer sind. Goethe ist – es scheint Blasphemie – bettelarm an Menschen gegen die beiden (Lettre à Max Brod Vienne, 4 juillet 1907).

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Celui dont la vision est si étendue et si parfaite n’a besoin de rien inventer ; celui qui observe d’une manière à ce point poétique n’a besoin de rien imaginer.
(p. 99)

Wer so viel und so vollkommen sieht, braucht nichts zu erfinden, wer dermaßen dichterisch beobachtet, nichts zu erdichten

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La poésie est devenue pour l’Allemagne une sorte de copte ou d’araméen, une langue dont seuls certains lettrés ont encore connaissance, et devant laquelle les autres passent avec des yeux indifférents.
(p. 107)

Lyrik ist für Deutschland eine Art Koptisch und Aramäisch geworden, eine Sprache, von der einzelne Privatgelehrte noch Kenntnis haben und an der die Anderen mit kalten Augen vorübergehen (Lettre à Otto Heuschele, 7 mai 1930)

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Je vois Montaigne comme l’ancêtre, le protecteur et l’ami de tout « homme libre » sur terre, le meilleur maître de cette science neuve et pourtant éternelle de se préserver soi-même de tous et de tout. Peu d’hommes sur terre se sont battus avec plus de loyauté et d’acharnement pour préserver leur moi le plus intime, leur « essence » de tout mélange, de toute atteinte venue de l’écume trouble et empoisonnée des agitations du temps, et peu ont réussi à sauver de l’époque qu’ils ont vécue, pour toute la durée des temps, ce moi le plus profond.
(p. 159)

Ich sehe [Montaigne] als den Erzvater, Schutzpatron und Freund jedes « homme libre » auf Erden, als den besten Lehrer dieser neuen und doch ewigen Wissenschaft, sich selbst zu bewahren, gegen alle und alles. Wenige Menschen auf Erden haben ehrlicher und erbitterter darum gerungen, ihr innerstes Ich, ihre « essence »  unvermischbar und unbeeinflußbar vom trüben und giftigen Schaum der Zeiterregung zu halten, und wenigen ist es gelungen, dieses innerste Ich vor ihrer Zeit zu retten für alle Zeiten (Montaigne, 1942)

Ainsi parlait, Also Sprach, Stefan Zweig, Dits et maximes de vie choisis et traduits de l’allemand par Gérard Pfister, édition bilingue, Arfuyen, 2023, 192 p., 14€