Mireille Calle-Gruber, hommage (III, 15, disparition et hommage)


C’est avec profond regret que Poesibao, qui a plusieurs fois travaillé avec elle, a appris la disparition de Mireille Calle-Gruber.


 

Poesibao a appris il y a déjà un moment la disparition de Mireille Calle-Gruber, ce 18 août 2026, mais n’a pas voulu l’ébruiter, n’étant pas sûre que ce soit souhaité par son entourage. Les choses ont été ensuite éclaircies grâce à Marion Coste et j’ai demandé à cette dernière d’écrire un texte hommage en mémoire de Mireille avec qui j’ai parfois travaillé pour Poesibao, que j’ai lue, que j’ai suivie dans ses travaux sur maints auteurs qui me sont importants et notamment Michel Butor*


 

Hommage de Marion Coste

 

J’ai rencontré Mireille en 2009, j’étais alors étudiante de licence à l’université Sorbonne Nouvelle. C’était la période de la résistance à la LRU, et Mireille était entrée dans la salle de cours pour dire qu’elle ne viendrait plus, se déclarant gréviste. Elle avait souri sous les protestations des étudiant.es. Elle avait accueilli la parole, ce qui, je le découvrirai ensuite, constituait une constance de ses enseignements. J’avais proposé d’établir une mailing list pour tenir chacun et chacune au courant des prochaines AG. Elle était venue me demander d’ajouter son mail à cette liste.

Je l’avais retrouvée en manifestation, avec son mari et compagnon d’une vie, Eberhart. Ils étaient beaux, ils étaient heureux, au milieu de la jeunesse chantante. C’est à partir de cet engagement dans la vie, dans la politique, dans le flux des corps-manifestations, dans le bruit des chants de protestation, que je l’ai lue, et que j’ai su que je me formerai auprès d’elle. De cette rencontre est née mon projet de thèse sur Michel Butor, sous sa direction, évidemment.

Je ne suis pas un cas isolé ; je crois que Mireille faisait cet effet à un grand nombre de ses étudiant.es, et aux écrivain.es et artistes avec lesquel.les elle a travaillé toute sa vie. Elle savait transmettre son enthousiasme pour la beauté, son goût de l’ouverture et son appétit de connaître par le sensible, de comprendre par le contact. C’est là que se situait sa force : la joie que lui procurait la beauté de la littérature et des arts était en prise avec le monde. Merveilleuse enseignante, merveilleuse chercheuse, l’un par l’autre, dans un va-et-vient profitable à chacun.e, dans la chaleur de la pensée-ensemble, ici et maintenant.

Elle savait guider la pensée sans jamais l’enfermer ; elle savait ouvrir des mondes. Que longtemps son souvenir nous éclaire.

 

Marion Coste

 

 

 

*Je vais mener prochainement un entretien avec Marion Coste à propos de Michel Butor en musique, livre écrit par elle et Mireille Calle-Gruber. Je devais réaliser cet entretien avec Mireille Calle-Gruber et j’avais commencé à me plonger dans le livre pour préparer mes questions quand j’ai eu la grande peine d’apprendre son décès. Je remercie Marion de m’avoir informée plus avant sur cette disparition et de bien vouloir reprendre avec moi le flambeau de cet entretien. Ce sera aussi l’occasion de marquer le centenaire de la naissance de Michel Butor, si cher à Mireille Calle-Gruber qui a publié son œuvre à la Différence. 

Florence Trocmé

 

 

Quelques mots repris du site Fabula : 

« Spécialiste majeure de l’œuvre de Claude Simon, auquel elle a consacré de très nombreux travaux parmi lesquels la biographie Claude Simon. Une vie à écrire, elle était présidente de l’association « Archive. Claude Simon et ses contemporains ». Elle s’est également beaucoup intéressée à Michel Butor, dont elle a édité les œuvres complètes, ainsi qu’à Hélène Cixous, Assia Djebar, Marguerite Duras et Pascal Quignard. Elle était enfin avec Antoinette Fouque et Béatrice Didier, l’une des directrices du monumental Dictionnaire universel des créatrices. »