Seghers continue son édition de la poésie de Maya Angelou, avant la parution de ses œuvres poétiques complètes en 2027.

Quand je pense à moi
Quand je pense à moi,
Je ne suis pas loin de crever de rire,
Ma vie aura été une bonne grosse blague,
Une danse marchée,
Une chanson parlée,
Je me marre tellement que je ne suis pas loin de m’étrangler,
Quand je pense à moi.
60 ans dans le monde de ces gens-là,
L’enfant pour qui je travaille m’appelle mademoiselle,
Je réponds « oui madame », pour garder mon boulot.
Trop fière pour plier,
Trop pauvre pour craquer,
Je rigole à en avoir des crampes d’estomac,
Quand je pense à moi.
Les miens peuvent me plier en deux,
Je me suis tellement marrée que j’ai failli mourir,
Les contes qu’ils racontent sonnent comme des mensonges,
Ils font pousser le fruit,
Mais ils mangent l’écorce,
Je ris, puis je me mets à pleurer,
Quand je pense aux miens
When I think about myself,
I almost laugh myself to death,
My life has been one great big joke,
A dance that’s walked
A song that’s spoke,
I laugh so hard I almost choke
When I think about myself.
Sixty years in these folks’ world
The child I works for calls me girl
I say ‘Yes ma’am’ for working’s sake.
Too proud to bend
Too poor to break,
I laugh until my stomach ache,
When I think about myself.
My folks can make me split my side,
I laughed so hard I nearly died,
The tales they tell, sound just like lying,
They grow the fruit,
But eat the rind,
I laugh until I start to crying,
When I think about my folks.
*
Par une belle journée, la semaine prochaine
Par une belle journée, la semaine prochaine
Juste avant que la bombe tombe
Juste avant la fin du monde.
Juste avant que je meure.
Toutes mes larmes se réduiront en poussière
Noire comme la cendre
Noire comme le ventre du Bouddha
Noire et chaude et sèche,
Alors la compassion s’abattra
Tombant en divinités
Tombant sur les enfants
Tombant du ciel
On a bright day, next week
Just before the bomb falls
Just before the world ends
Just before I die
All my tears will powder
Black in dust like ashes
Black like Buddha’s belly
Black and hot and dry
Then will mercy tumble
Falling down in god heads
Falling on the children
Falling from the sky
Maya Angelou, Marelle à Harlem, traduction et préface de Santiago Artozqui, 112 p., Editions Seghers, 2026, 14,50€
Maya Angelou, née Marguerite Annie Johnson en 1928 à Saint-Louis, est une figure emblématique de la littérature et des droits civiques aux États-Unis. Elle grandit dans le Sud ségrégationniste, où elle découvre la puissance des mots et de la poésie. Elle se lance dans une carrière artistique diversifiée, sans passer par l’université traditionnelle.
Maya Angelou est d’abord connue pour ses talents de danseuse et chanteuse, mais c’est son œuvre littéraire qui la propulse sur le devant de la scène. En 1969, elle publie son premier livre autobiographique, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, qui raconte son enfance marquée par le racisme et les abus. Ce livre est nominé pour le National Book Award. En 1971, elle publie son premier recueil de poésie, Just Give Me a Cool Drink of Water ‘fore I Diiie, qui est nominé pour le prix Pulitzer.
Elle publie en 1978, Et pourtant je m’élève, un recueil de poèmes puissants et inspirants, célébrant la résilience et la force intérieure face à l’adversité.
A Song Flung Up to Heaven (2002), clôt sa série autobiographique en sept volumes, et Mom & Me & Mom (2013), qui explore sa relation avec sa mère.
Chanter, swinguer, faire la bringue comme à Noël (2024) est le troisième volet de son autobiographie, où elle raconte son entrée dans le monde du spectacle et la naissance de son identité artistique avec humour et profondeur.
En 1981, Maya Angelou devient la première professeure titulaire de la chaire d’études américaines à l’Université Wake Forest en Caroline du Nord. Elle y enseigne jusqu’à sa mort en 2014, influençant des générations d’étudiants par son savoir et son expérience.