Découverte avec Jérémy Semet de cette revue minuscule à 5€ le numéro, et sa ficelle noire, ses découpes, son originalité.

J’ai reçu au courrier trois exemplaires d’une toute petite revue, Courrier indésirable, que j’ai vu se déplier comme une guirlande de papier de toutes les couleurs, avec des textes de plus ou moins grande typographie. On dirait des fleurs sauvages, des drôles d’herbes folles qui sortent ici ou là. Ma curiosité en a été éveillée.
Jérémy Semet a bien voulu se prêter à un entretien.
Isabelle Baladine Howald
Isabelle Baladine Howald : – Comment vous est venue l’idée de cette toute petite revue ? Pourquoi ? Quelle était votre objectif de départ ?
Jérémy Semet : Bonjour et merci de me donner la parole ici à Poesibao. Courrier Indésirable a germé dans mon esprit après avoir lu des échanges épistolaires de Charles Bukowski. Dans une de ses lettres, le poète américain évoque l’idée, après avoir essuyé un autre refus, de concevoir sa propre revue imprimée sur du papier toilettes. Voilà plusieurs années que j’écris de la poésie et j’ai moi-même reçu des réponses négatives à des textes envoyés. Ne parvenant pas à publier aussi régulièrement que souhaité, j’ai songé alors à créer ma propre revue. Le titre de celle-ci est venu très rapidement. Recevant des spams en pagaille sur ma boîte mail, Courrier Indésirable s’est imposé plutôt rapidement.
Je n’avais aucune idée préconçue en tête. Je voulais tout d’abord créer quelque chose de nouveau et lui donner une forme originale. Une revue que l’on déplierait comme un origami. Le premier numéro est sorti et l’idée a séduit, ce qui m’a conforté mon envie d’en sortir un second.
I.B.H. : – Combien de numéros sont déjà parus, à quel rythme publiez-vous ?
J.S. : A ce jour, début du mois d’avril 2026, le douzième numéro vient tout juste de sortir. Un numéro sort chaque mois.
I.B.H : – Comment fonctionnez-vous ? Êtes-vous celui qui demande les textes ou bien les recevez-vous spontanément, comment opérez-vous vos choix ?
J.S. : Au départ, j’étais force de sollicitations. J’ai également proposé l’idée à des poètes et poétesses dont j’admire le travail comme Emanuel Campo, Thomas Vinau, Milène Tournier, Jean-Marc Flahaut et Violette Chalier. Je recherche avant tout des poèmes courts. Sans thématique particulière. Des tragédies grecques dans un dé à coudre en somme.
I.B.H. : – Plusieurs auteurs (neuf chaque fois je crois) par numéro, des textes très courts, sur ce format (A4) à déplier, c’est une forme de contrainte ?
J.S. : C’est exactement ça. Une manière de donner une forme à la poésie. Et puis écrire court n’est pas donné à tout le monde. Mais l’art de la concision est un beau terrain de jeu.
I.B.H. : – Vous-même êtes poète, qu’est-ce que faire une revue vous apporte personnellement ?
J.S. : Je suis poète. J’ai participé aux quatre premiers numéros de la revue, puis j’ai choisi de laisser ma place à d’autres. Publier Courrier Indésirable est ma manière de contribuer à la poésie d’une autre façon qu’en écrivant. Je regroupe de la poésie brute et l’envoi dans le monde. Quel plus beau cadeau pouvais-je faire ?
I.B.H. : – Les auteurs sont souvent peu connus, comment les rencontrez-vous ? Qu’est-ce qui vous touche chez eux ?
J.S. : Je voulais donner une voix aux artistes qui débarquent dans le vacarme littéraire ambiant. Il y a une telle surproduction qu’il est compliqué de sortir du lot. Ce qui me touche ce sont ce que véhiculent leurs mots, les émotions qu’ils suscitent chez moi. Quand leur texte saute l’étape du mental pour aller au cœur, je sais que je suis dans le juste.
I.B.H. : – Comment diffusez-vous la revue ?
J.S. : Pour le moment, la diffusion de la revue fonctionne grâce aux abonnements que j’ai mis en place : 6 ou 12 numéros. Chaque mois, j’ai entre cinquante et soixante revues à envoyer par la Poste, sans compter les exemplaires auteur. Il y a également quelques librairies « amie » où je dépose quelques exemplaires gratuits.
I.B.H. : – Au bout de ces 11 numéros, voyez-vous une sorte de ligne se dessiner ? Aviez-vous cela en tête en commencer ou vous êtes-vous laisser porter par les auteurs ?
J.S. : Une ligne se dessiner ? S’il y en a une, je n’en ai pas conscience ou en tout cas elle n’est pas intentionnelle. Je n’avais aucune idée préconçue quant à la publication de la revue. Aucun axe de réflexion précis. Je me laisse porter au gré des publications.
I.B.H. : – je suppose que vous ne vous posez-pas encore la question de l’avenir (on dit qu’une revue est faite pour disparaître) mais comment voyez-vous cet avenir ?
J.S. : – Au départ, je voulais m’arrêter au numéro anniversaire. Une revue qui aurait douze numéros, je trouvais cela pas si mal. Et puis à mesure que je recevais des textes, les numéros se sont rajoutés. Je travaille actuellement à l’élaboration du numéro 27 qui devrait sortir en juillet 2027.
IBH : – En tant que poète, le goût de la lecture des autres poètes semble un point essentiel pour créer une revue ?
J.S. : – Il y a une curiosité de lecteur puis de poète. Parfois la lecture d’un texte me donne envie d’explorer une thématique évoquée dans un poème. Sauf cas exceptionnel, je ne demande presque jamais à reprendre un texte. En règle générale, les dernières phrases sautent, car on a tous envie de retomber sur ses pattes quand on écrit. Très souvent ce dernier vers n’apporte rien si ce n’est une résonance.
I.B.H. : – Elle se replie comme un petit accordéon et s’enrubanne par un morceau de ficelle noire, la fabrication doit prendre un peu de temps mais la lire pour le lecteur, également. Ce petit temps vous semble-t-il important ?
J.S. : – Je souhaitais que le contenu et le contenant soit ludique. Des revues papier il en existe tellement. Mais une revue qui se glisse dans la poche, je trouvais cela original. J’avoue adorer la partie confection : l’impression, le découpage et le pliage.
La poésie se savoure. Elle se picore. Dans un recueil, on en lit quelques-uns, puis on laisse infuser et on y revient quelques jours plus tard.
Courrier indésirable, direction Jérémy Semet, 5€, à commander chez : jersemet@gmail.com ou sur la page Instagram de la revue @courrierindesirable99