Cap au pire écrivait Beckett. Isabelle Lévesque écrit, elle, Rien du pire. Il ne reste rien du pire. Tout y est.

Quelque chose de bleu, dans du blanc par moments, durant tout le ciel, entre ciel et mer, entre peinture et peinture. Une toile de peinture passe devant mes yeux. Un bord de mer le matin. Cela s’attire, cela se sépare, cela s’unit. L’union n’est qu’une tentative de réparer la séparation. Parfois « saveur de sang ou d’encre », ciel, jour, nuit, terre. « Terre, seule formule ». Neige, azur, flamme. Poème. Ombre, lumière, planète. Poème. Brume, pluie, blanc. Poème.
Tiens : noir. Et des chiffres. Un peu de vert, souvent de la craie. Poème.
Avant. Après. Après l’enfance. Peut-être après la mort. Le temps souligne, le temps efface.
De toute façon quelqu’un manque. Poème.
Écrire c’est être endeuillé.
Peut-être peut-on lire dans des cendres.
Tellement de questions, d’interrogations. Rien n’est sûr, rien n’est vraiment su. Poème.
Y-a-t-il seulement une voix qui parvient à dire ces poèmes, ce poème ? C’est plutôt un souffle, un murmure, un silence, beaucoup de silences. Quelque chose n’existe pas. Finalement quelque chose n’existe pas. Pourtant on tend l’oreille, on plisse les yeux vers le lointain. Ce n’est pas parce qu’on ne voit rien, parce qu’on n’entend rien qu’il n’y a rien. Il y a toujours quelque chose. Poème.
Quand le poème trébuche, quelques toiles de Fabrice Reberoylle viennent prendre le relais. La peinture semble un peu épaisse, c’est juste pour ne pas s’évanouir à son tour. Toile. Reprise, compagnie délicate mais ferme…
Je lis Isabelle Lévesque depuis longtemps. Je ne sais pas comment elle est. Je ne sais pas hors ses livres, très proches alors que nos écritures sont très différentes. Très proches dans ce qui est défait, et maintenu.
Je n’ai rien d’autre à dire.
« Ci-gît le poème ranimé
Par le vol éclaboussé d’or » (p.84)
Isabelle Baladine Howald
Isabelle Lévesque, Rien du pire, L’herbe qui tremble, 2026, 100 p., 16€
« Chute vaine : un murmure bleu
s’établit qui tremble, son écho
n’offre aucune résistance, on perçoit
derrière
l’assertion d’un proverbe magnétique.
Ni le ciel ni la mer, c’est l’horizon,
le cercle chromatique affirmé, nié.
Coulures édifiantes.
(Bleu résolu.)
Il a glissé sur le monde
Une vertu renaissante.
L’interrogation devient la réponse.
Archive nouvelle (p.16)
Nés de l’eau, les nuages
vivent de ce reflet. Au ciel,
rien d’abord, le rouge-soir
du crépuscule assoupi.
Près d’eux, les arbres serrés
cognent l’eau tranquille.
(On ne peut réveiller les morts.) p. 61
Il existe un paysage sans contour,
une silhouette sans mémoire.
Je les vois.
Ils entrent dans le poème
qui trébuche
Tout y est
(même ce qui n’existe plus).
p.97