Eric Pesty, entretien avec Isabelle Baladine Howald (III, 12, entretiens)


Entretien avec un éditeur discret et passionné, nourri de poésie objectiviste américaine, aimant les poètes contemporains, expérimentaux, de vrais chercheurs.


 

 

Eric Pesty était vraiment un tout jeune éditeur quand nous l’avons connu. La qualité de son accueil aux autres a fait autant pour notre estime que la qualité de ses livres, largement reconnue.
Longtemps après nous sommes toujours là, dans un monde qui s’en va…
Entretien.


Isabelle Baladine Howald : – Eric Pesty, quand et pourquoi avez-vous commencé l’édition ?
Quel a été le point de départ de cette vocation ?
Que pensiez-vous alors apporter comme regard ou écho nouveau dans ce qui se faisait ou que manquait-il à vos yeux ?

Eric Pesty : – Je fonde la maison d’édition en 2005, après la soutenance de ma thèse sur Claude Royet-Journoud. J’avais déjà eu quelques expériences éditoriales, comme l’auto-édition d’une concordance du texte de la première tétralogie de Claude Royet-Journoud (un volume de 300 pages, tiré à 25 exemplaires, recensant par ordre alphabétique tous les mots du texte, et restituant leur contexte linguistique d’apparition) ; une année passée chez Ivrea à aider à mettre au point, à l’invitation de Jean Pietri, l’édition des traductions de Tacite par Perrot d’Ablancourt ; enfin la revue de création issue (centrée sur les échanges transatlantiques) que nous avons co-dirigé avec David Lespiau et Eric Giraud.
J’ajoute que la rencontre avec Emmanuel Fournier, à la même époque, a été déterminante dans le lancement de la maison d’édition.
Au départ il n’y avait pas d’intention autre que de trouver une façon de m’impliquer dans le champ de la littérature (plus personnellement que je ne pouvais le faire à mon poste de documentaliste à la bibliothèque du cipM), et qui me convenait d’avantage que l’écriture, que je n’ai somme toute pas pratiquée. Être un lecteur actif, un travailleur manuel du livre.


I.B.H. : Comment se porte votre maison, un peu plus de vingt ans après sa création, à raison de six titres par an ?
Comment fonctionne-t-elle (salariés, autres) ?

E. P : – C’est toujours une association à but non lucratif qui n’emploie pas de salarié. Je suis le principal bénévole de la structure. La maison d’édition est adossée depuis 2012 à un atelier typographique – mais nous y reviendrons plus bas. En 2022 la maison d’édition passe en diffusion-distribution déléguée, chez Serendip-livres. Ça paraît une étape importante dans l’histoire d’un petit éditeur, mais la vérité est qu’aujourd’hui le modèle économique est tout aussi fragile et précaire, voire davantage qu’à la fondation. Les frais de port ont explosé. Les subventions ont tendance à baisser ; le CNL par exemple a renoncé en 2026 (de manière « expérimentale », notamment pour les commissions poésie et théâtre) au principe consistant à soutenir les livres à rotation lente, comme c’était le cas jusqu’ici. Le CNL soutiendra désormais en priorité les têtes de gondole, pour lesquelles les éditeurs peuvent payer un à-valoir copieux et davantage de droits d’auteur : la belle affaire ! Ce changement d’orientation dans les politiques publiques complique énormément la viabilité d’une maison d’édition comme la mienne.


I.B.H. : – Vous pratiquez la typographie, pourquoi le faire aujourd’hui et qu’aimez-vous dans cette pratique ?

E.P. : – Il s’avère que le souci de la lettre imprimée (lettre typographique, en alliage de plomb, d’antimoine et d’étain) trouve son complément intellectuel dans une mouvance d’écriture poétique : la littéralité, née en France dans les années 70, et qui s’est perpétuée jusqu’à récemment.
La lettre est l’unité minimale du poème, le livre en est l’unité maximale ; la typographie manuelle permet de prendre conscience de cette induction très matérielle. Mais c’est une induction lente, c’est un temps – tout à fait parallèle à celui de la lecture – qui est en dehors de toute économie. Je vais même plus loin : je pense que la typographique manuelle et la lecture sont du temps que nous volons, sans aucun scrupule, au capitalisme numérique (et au capitalisme tout court).


I.B.H. : – Vous avez créé l’Annexe typographique en 2012 – dans quel but, pour quelles activités ? Dans ce cadre travaillez-vous avec d’autres partenaires économiques, scolaires notamment ?

E.P. : – Je reviens à la fondation de l’Annexe typographique, à la suite de mon apprentissage chez Pierre Mréjen/Harpo & à Corbières entre 2008 et 2011. L’enjeu était l’internalisation de la fabrication et ce, par le moyen de deux structures : d’un côté la maison d’édition, de l’autre l’atelier typographique, l’un et l’autre fonctionnant en vases communicants. Le circuit est idéalement court. Mais dans les faits, l’artisan typographe que je suis est très très mal rémunéré.
Il m’arrive, peut-être une fois par an, de proposer à des classes de primaire des journées de découverte sous l’intitulé « L’école de Gutenberg » (le titre vient d’un article de 1926, dans Le Temps, à propos de la pédagogie naissante de Celestin Freinet).
Il m’arrive aussi de réaliser quelques travaux de commande (livres d’artistes tirés à très peu d’exemplaires) ou ce qu’on appelle des travaux de ville (cartes de visite, marque-pages, etc.).


I.B.H. : – Eric Pesty, comment se porte la poésie aujourd’hui ? Avez-vous un regard désabusé ou toujours confiant sur ce genre si particulier en termes de forme(s) et de pensée ?

E.P. : – Il faut redire avec Denis Roche ou Roger Laporte : la poésie n’existe pas. Le poème en revanche, qui existe en tant que singularité, peut être défini comme une densité de langue (j’emprunte cette définition à Claude Royet-Journoud). Cette densité de langue peut se trouver en vers ou en prose, en philosophie, en sciences humaines ou dans des écrits d’artiste. Prenons l’exemple de Michel Falempin et de ses « Pièces de fantaisie » – qui est une forme qu’il a inventée tout récemment – : ce sont de courts récits, baroques ou maniéristes, d’une densité telle qu’on finit par classer l’auteur parmi les « poètes ».
En tout cas, j’aime les textes inclassables, où les enjeux de langage, la densité de langue sont au premier plan. Je ne crois pas qu’il y ait de souci à se faire du côté du poème qui perdure, à bas bruit, comme il l’a toujours fait. Il traverse les âges, de Maurice Scève à Stéphane Mallarmé, d’Anne-Marie Albiach à Pascal Poyet.
Mais pour ne pas parler que de la teneur des poèmes : j’aime surtout lire, j’aime les livres. Pour moi, le livre est un objet de pensée, qui s’invente tout d’abord en agençant des lettres dans une ligne, puis des lignes dans une page, et enfin des pages qui formeront un volume, tout à la fois matériel et mental. Trop souvent désormais (on en fait l’expérience avec les logiciels informatiques de mise en pages) les livres sont des objets formatés de l’extérieur, exactement comme des marchandises, où le texte est un contenu secondaire. Quand on ouvre un nouveau document sur InDesign, dans l’ordre symétriquement inverse à celui que je viens d’expliciter, on nous demande de choisir un format, puis un nombre de pages, puis des marges et enfin on « coule » le texte. On ne s’y prendrait pas différemment pour emplir une boîte de conserve. Tomates pelées, cassoulet du sud-ouest ou crème fouettée. Il suffit de substituer aux recettes les genres littéraires qui fleurissent actuellement (et qui correspondent sans surprise à des « segments de vente »).


I.B.H. : – Comment a évolué le travail avec les librairies et les bibliothèques ? Est-ce en effet plus difficile ?

E.P. : – Depuis vingt ans, les choses ont beaucoup changé. Les rayons de librairie ont changé ; la presse papier qui rendait compte de publications parfois marginales ou minoritaires, a disparu. La revue CCP s’était créée déjà sur ce constat. Quant aux bibliothèques, j’ai quelques rares rapports avec elles lorsqu’un auteur ou une autrice de la maison d’édition est invitée. Une fois par an, je propose une rencontre à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille, avec la complicité de Guillaume Fayard.
Heureusement, quelques bibliothécaires, quelques libraires maintiennent le cap. Des sites internet existent où des recensions continuent de paraître. Des lectrices et lecteurs s’échangent des livres, de main en main, silencieusement.
Pour qualifier l’époque que nous traversons, on pourrait parler comme le fait Nicolas Bouyssi d’une période post-classique. Si le classicisme, très schématiquement, se définit comme une littérature codifiée qui s’adresse à un public déjà acquis (la classe lettrée du XVIIe siècle pour le dire vite), aujourd’hui c’est le marché qui établit les règles et qui fait la loi dans l’édition. Ce n’est pas une période classique parce que – à travers ou par la contrainte – il y avait un sens aigu de la langue au XVIIe. Désormais, la période est post-classique : le formatage mercantile décide de tout.
Difficile dans ce contexte d’être absolument moderne, comme le demandait Rimbaud. A mon sens, pour continuer de l’être, il n’y a plus que deux options : ou bien chercher à prendre le capitalisme de vitesse, jusqu’à atteindre son dépérissement ; ou bien (comme le proposait Jacques Roubaud dans La Fleur inverse) faire le choix d’un archaïsme.
Dans tous les cas, il est devenu extrêmement complexe de survivre hors de ce formatage, dans cette marge que j’ai toujours revendiquée, d’abord par le choix des textes, puis par la forme des livres que la maison d’édition publie ; les deux se conjuguent de toute façon.


I.B.H. : – Nous avons plutôt parlé « économie » du livre jusqu’ici, mais parlons un peu de votre catalogue et de vos collections, si reconnaissables.
A quel besoin d’éditeur ont correspondu non seulement les textes mais leur facture sobre ?

E.P. : – La sobriété vient de ma conviction que le livre est « expansion totale de la lettre » (pour citer Mallarmé), à travers la ligne, la page et le volume. Il faut laisser le texte trouver son espace. Par exemple, Aust, le livre d’Emilien Chesnot qui va paraître en juin. Le texte fait alterner des moments en vers et des proses de nature essayiste. Les essais analysent finement, cruellement, la sujétion de l’individu dans la langue et par la loi. Le poème, quant à lui, est une tentative de désassujettissement, de libération. Comment faire forme de cela ? Nous avons considéré que le tableau typographique et le volume du livre étaient, pour le texte, finalement l’homologue de la langue et de la loi pour l’individu. Si les passages en prose s’astreignent à ce tableau typographique, les poèmes l’entament avec des lignes qui traversent la page, de la couture à la tranche du livre. De même pour le volume de 160 pages, qui est débordé par la table des matières, publiée en quatrième de couverture.
Le livre de Pauline von Aesch, Mon antérieur visage, aurait également pu être pris comme exemple : dans le nouage de la question du vers et de la mise en page, jusqu’au format obtenu pour le livre. Je vois le livre de Pauline comme une spirale allant s’élargissant ; avec au centre de cette spirale le signifiant « –e ».


I.B.H. : – Vous avez confié à Jean Daive la célèbre revue K.O.S.H.K.O.N.O.N.G, du nom du lac cher à Lorine Niedecker, qui, par ses poèmes, a inauguré le premier des 27 numéros, le dernier étant paru en 2024.
Voici ce qu’en dit Jean Daive lors de son lancement en 2012 :
« K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. est une revue qui veut prendre en compte toutes les résonances de la langue et l’urgence, toutes les désaccentuations possibles et l’alerte.
K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. est une revue de l’ultimatum. ».
Comment l’idée de cette revue est-elle née et que vouliez-vous proposer aux lecteurs et aux poètes ?

E.P. : – Ultimatum est un mot difficile. Jean Daive a eu là encore (mais j’ai envie de dire, comme toujours) une intuition foudroyante. Qui anticipait, en 2012, sur l’époque obscure que nous traversons actuellement. K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. est pour moi la dernière réalisation du programme de recherche « littéraliste » – entendu comme poétique ou science de la lettre. Ce programme de recherche, à mon sens, est aujourd’hui clos. Je vois K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. comme une ultime sommation, l’ultime produit (au sens mathématique) de la littéralité. Ce qui n’empêchera pas les protagonistes – Claude Royet-Journoud, Jean Daive, Marie-louise Chapelle, Martin Richet etc. – de poursuivre leur œuvre ; ni de jeunes auteurs comme Emilien Chesnot ou Pauline von Aesch dont je parlais plus haut, Kaïl Vezza, et peut-être Evane Priou dont nous avons lu avec plaisir quelques lignes dans niqui causse – ainsi, bien sûr, que tous les amis scandinaves, particulièrement actifs – de s’inspirer de ce programme pour l’emmener ailleurs. En tout cas, il est sans doute permis aujourd’hui, et même nécessaire et urgent, de raconter l’histoire de ce programme : ses enjeux et ce qu’il a construit, transversalement, avec une très grande exigence, pendant cinquante ans.
Pour le début de l’année prochaine, nous préparons un supplément à  K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. qui paraîtra sous la forme d’un livre d’une centaine de page et viendra conclure l’aventure de la revue, avec une préface de Jean Daive, des textes inédits. A la fin du supplément seront établis des index qui permettront aux lectrices et lecteurs de circuler dans les 27 numéros publiés.


I.B.H. : – il y a aussi la collection des agrafés ! Textes souvent peu longs, très inventifs voire d’avant-garde ?

E.P. : – La collection agrafée s’inspire du chapbook anglo-saxon, livre bref, en effet agrafé, à l’origine colporté. Cette forme « minoritaire » de livre, nous en avions discuté longuement avec Eric Giraud au cipM dans les dernières années du XXe siècle, et cette réflexion avait une double origine. D’une part la « bibliothèque américaine » que Jacques Roubaud venait de confier au cipM, et d’autre part l’influence de Peter Gizzi qui venait de publier une anthologie, The Exact Change Year Book n°1, où il réservait un chapitre à cette forme (« Three Chapbooks : J.H. Prynne, Beverly Dahlen, Susan Howe »). Le chapbook convenait parfaitement à l’idée de publication minoritaire (et expérimentale) à laquelle nous réfléchissions avec Eric Giraud dans ces années – à travers évidemment l’influence d’Emmanuel Hocquard, qui était déjà venu plusieurs fois au cipM à cette époque-là.
Bizarrement je n’ai pas publié, au tout début de la maison d’édition, de livres agrafés. J’ai fait d’abord des livres brochés. (Les deux livres d’Emmanuel Fournier, les entretiens de Jean Daive/Anne-Marie Albiach, Philippe Grand, Claude Royet-Journoud.) La collection agrafée n’est apparue qu’en 2008, en rencontrant Pierre Mréjen et en apprenant la typographie. Mais mon idée était vraiment de participer au développement de la forme du chapbook en France.


I.B.H. : – Et dans « L’annexe typographique », une autre collection, « 8 clos » ? À quel type de textes correspond-elle ?

E.P. : – « 8 clos » s’inspire de la Turkosa serien/Série turquoise de la maison d’édition suédoise CHATEAUX. En 2015, nous avons fait une co-édition avec Chateaux de deux livres de Helena Eriksson qui ont donné le modèle de cette collection : un texte composé en caractères mobiles et imprimé sur presses typographiques ; une grande feuille pliée en quatre, insérée dans une couverture à rabats. Chaque livre, tiré à une centaine d’exemplaires, est conçu le temps d’une rencontre dans le huis clos de l’atelier. Car la collection « 8 clos » a également été créée pour favoriser la transmission de savoir-faire en typographie. Natalia Paez, Grégoire Sourice, Kardelen Ayan, Mathieu Provansal, Evane Priou et Célie Miloch, Igor Curlet ont composé et imprimé des volumes de cette collection. Nous préparons actuellement un livre de cuisine avec Mati Chameroy !


I.B.H. : – Et puis des livres de divers formats et couleurs, d’une épaisseur habituelle de livres, si je puis dire ?  Je pense à l’impressionnant et superbe livre de correspondances et textes, À distance, de Françoise de Laroque et Emmanuel Hocquard, mais ce n’est qu’un exemple. C’est un véritable événement et demande sans doute des moyens financiers plus importants, avez-vous eu des aides ?

E.P. : – Malheureusement, nous n’avons pas eu d’aide du CNL pour À distance : notre dossier a été jugé « irrecevable ». En revanche un soutien de la Fondation La Poste et un dossier dans la revue FloriLettres, coordonné par Nathalie Jungerman que je remercie pour sa lecture et son intérêt. À distance est un livre important ; c’est aussi la première fois que je me confronte à la forme épistolaire.


I.B.H. : – Vous avez de grandes fidélités, je pense par exemple à Claude Royet-Journoud, Jean Daive, Roger Giroux, Anne-Marie Albiach, J.H. Prynne. Que représentent-ils pour vous, pour votre maison. Qu’ont-ils apporté à la poésie contemporaine ? Mais vous publiez également Dorothée Volut, Marie de Quatrebarbes, Pascal Poyet, Philippe Grand, Emmanuel Fournier, Martin Richet par exemple. Comment les situez-vous par rapport à ceux des générations précédentes ?

E.P. : – Comme je l’expliquais plus haut c’est la littéralité qui est au centre de mon catalogue depuis le début. Au catalogue, il est vrai que les publications font cohabiter plusieurs générations d’écrivains : ceux qui sont nés pendant la Seconde Guerre mondiale et qui partagent une même inquiétude (ou une même défiance) vis-à-vis du langage, et ceux, plus jeunes, qui sont parfois leurs héritiers et qui inventent au présent – pour citer l’énoncé-manifeste de Claude Royet-Journoud dans Le renversement (Gallimard, 1972) – une forme nouvelle d’obscurité. L’œuvre de J.H. Prynne, qui vient de mourir, serait emblématique – par son obscurité même – de ce que je cherche dans la maison d’édition : forme et sens confondus. J.H. Prynne a été un enseignant remarquable ; son œuvre a influencé beaucoup de jeunes auteurs et autrices anglais. Dans ma maison d’édition, les plus jeunes auteurs et autrices s’inscrivent ou non dans la filiation du programme de recherche littéraliste ; mais pour moi il y a toujours une cohérence en filigrane – dût-elle passer par une divergence assumée.


I.B.H. : – Qu’aimez-vous chez les poètes que vous découvrez et publiez aujourd’hui ? Vos goûts ont-ils changé ?

E.P. : – Mes choix se sont plutôt précisés. J’arrive mieux à comprendre ce qui m’attire ou m’intrigue dans un texte. Dans ces choix, entre en ligne de compte également la faisabilité. Mes choix de publication sont très souvent confrontés et mis à l’épreuve par la fabrication matérielle des livres, qui sont pour moitié dorénavant composés et imprimés par mes soins. Cela confère une forme d’objectivité à ces choix.


I.B.H. : De quelle manière êtes-vous touché par ce qui se passe aujourd’hui dans l’édition avec la main mise de l’extrême droite sur les éditions Grasset ?

E.P. : Tout ce qui a eu lieu ces dernières semaines ne relève pas du livre tel que je le conçois et, dans cette mesure, ne me concerne pas en tant qu’éditeur indépendant. Mais la dynamique générale est bien celle que j’ai décrite plus haut.


I.B.H. : – Que puis-je vous souhaiter pour la suite, cher Eric Pesty ?

E.P. : – Eh bien, poursuivre le travail entrepris. Depuis 2024, l’association reçoit le soutien de bienfaiteurs et bienfaitrices que je remercie chaleureusement. Ce soutien a été et reste salvateur ; il m’encourage aussi ; comme m’encouragent les rencontres avec les lectrices et les lecteurs, dont vous faites partie.