Poesibao ne résiste pas au plaisir de publier ce texte. Toute ressemblance avec des personnages existants serait évidemment purement fortuite.
Théâtre 8, travail en cours.
La revuiste impliquée
Poète n°1
Ai découvert l’existence de votre revue, il y a deux minutes, voici trois tapuscrits inédits.
Poète n°2
L’IA m’indique votre revue. Voici pour vous.
Poète n°3
Ai transformé mon roman historique refusé partout en une série de poèmes, ça vous intéresse ? Vous payez vos auteurs ?
Auteure
J’écris une Dark romance et on m’a dit que pour se faire connaître il vaut mieux avoir un million d’abonnés sur Insta que de publier en revues, mais l’un n’empêche pas l’autre. Ai déposé mon texte chez un notaire, inutile de vouloir me le voler pour vous acheter une maison secondaire à Saint-Malo.
Auteur
Accrochez-vous à mon Insta, j’écris et suis plus influent que votre revue invisible, mais je reste ouvert à une collaboration.
Poète n°4
J’étais au Salon du livre de Paris avec mon éditeur, au Grand Palais, juste sous la coupole. Vous n’êtes pas passée. Ça ne vous intéresse pas les parutions des petits éditeurs ? Vous ne roulez que pour les mastodontes ? Les Cadran ligné et les Éric Pesty. Faut être curieuse un petit peu quand on dirige une revue de poésie. Je vous laisse la possibilité de vous refaire. Voici des textes magnifiques (tout le monde s’accorde) pour votre revue parisienne.
Le traumatologue
Un ami poète me parle de votre travail de défense de la poésie contemporaine, de votre implication depuis plus de vingt ans. Je suis un lecteur du site, mais aussi de votre blog. Comme tout le monde, j’écris un livre. Sur les répercussions psychiques à la lecture de textes indigents. Je sais que vous êtes bombardée en continu de propositions de textes, que vous y êtes toujours très attentive (ce qui me semble dangereux). Si vous pouviez m’accorder un entretien téléphonique. Les dessous de la vie d’une revuiste pourraient nourrir mes recherches.
La revuiste
Je suis très préoccupée et secouée par la tragédie qui secoue l’Iran. Et me tiens informée chaque jour des hautes turbulences et violences qui dévastent le monde. La lecture, et celle des poètes et penseurs en particulier est un apaisement et une respiration salvatrice. Mes amis aussi. On ne peut pas en vouloir aux auteurs d’écrire et de montrer leurs textes, sans avoir lu en amont, sans s’être relus, sans savoir à qui ils les proposent, sans même avoir un peu nettoyé leur texte. Je reçois mille cinq cents services de presse par an. Suis en constants échanges avec mon équipe très étendue de chroniqueurs, d’auteurs, d’éditeurs et d’autres revuistes. Malgré tous mes efforts pour considérer chaque sollicitation, ce qui me prend mes journées entières, je peine à trouver un remerciement hormis quelques rares. Cette nuit on a cloué une chouette sur la porte de mon appartement. Le vacarme m’a réveillée. Après une confrontation très agressive dans un premier temps (le jeune homme me menaçait d’une serpette en m’injuriant), il s’est confié à moi. Ai reconnu ainsi le garçon (psychotique) à qui j’avais écrit quelques mots sur ses poèmes. La police a débarqué et j’ai dit que mon petit-fils autiste était en crise, mais que je prenais soin de lui. Son parcours et sa détresse m’ont émue et je l’ai installé dans la chambre de ma fille. Je bataille actuellement pour qu’on l’accueille dans un centre de soin. Le monde de la santé psychique et de l’hospitalisation d’urgence est très rude, je n’en ignore rien et je me sens coupable de le livrer à des instances qui ne sauront peut-être pas le remonter.
©Christophe Esnault