Antoine Choplin, “Aguets”, lu par Jean-Claude Leroy


Jean-Claude Leroy explore ici pour les lecteurs de Poesibao, Aguets, un livre d’Antoine Choplin avec des gravures de François Mourotte.


 

Antoine Choplin, Aguets (avec des gravures de François Mourotte), Le Réalgar, 2023, 80 p., 23€


Issue du dedans autant que du dehors, la poésie d’Antoine Choplin se déploie comme une prose à peine accidentée et mise à la verticale, elle est riche d’images fortes et de contrastes calculés, avec des décalages qui créent des effets de surprise et maintiennent l’éveil d’un propos embrassant le monde dans son entier. Foisonnant de visions généreusement livrées, c’est une écriture roborative s’appuyant sur un mode fantastique délivreur d’énergie et de positivité. Son époque terriblement noire, qui est bien sûr la nôtre, Antoine Choplin réussit sans la nier à lui répondre de la meilleure façon, en instillant de la lumière là où la ténèbre voudrait s’installer.

« …

l’amour est frappé par l’estampille du désarroi
également insoluble dans la présence et dans
l’absence

une courbure malade
invite à tuer le temps avant de lui redonner vie

… » [p.11]

Onirisme salubre et opérant, voilà un monde plus vaste que celui-ci qui se rétrécit dangereusement. Choplin offre une voie de secours, une voie d’épanouissement qu’il sait explorer à travers le désir comme à travers le rêve. Il n’est pas seul, et sa poésie n’oublie pas le tutoiement de la proximité propre au cœur en bonne santé.

Trois parties pour cet opus de printemps : Lisières des tumultes, Précis de l’égarement, Recours au paysage. Trois intitulés comme trois étiquettes qui résument la tonalité de l’ensemble et tracent son déroulement, tandis que les gravures de François Mourotte, sorte de compressions résiduelles d’un monde à l’agonie, d’une haute intensité lyrique, accompagnent parfaitement les poèmes d’Antoine Choplin. Les deux genres se répondent ; forts des secrets de leur expression, ils se renforcent l’un l’autre.

C’est alors une course au-dessus de l’abîme que cette lecture de mots et d’images, sans jamais y sombrer, car la terre est ferme quand sont solides les songes arrimés à une amoureuse raison que rien ne refroidira.

« …

Je percerai les heures
d’une vis inappropriée aux épaisseurs

le chagrin me tombera par instants dessus
comme l’accolade d’un ami disparu

parfois
seul un souffle
venu d’une mousson secrète
entrebâillera l’anche double de mes chairs
pour tenter de rompre le silence… » [p.22]


Les deux n’étant évidemment pas incompatibles (le rappeler au passage), Antoine Choplin est à la fois romancier et poète. Ses romans ont trouvé un lectorat, et même une véritable reconnaissance. Sa poésie, telle qu’elle apparaît dans Aguets, le mérite tout autant.

Jean-Claude Leroy


Antoine Choplin, Aguets (avec des gravures de François Mourotte), Le Réalgar, 2023, 80 p., 23 €