Denise Desautels « Elle, Ulysse, Un retour » (III, 5, anthologie permanente)


Ulysse ici est une femme et aussi la fille de Pénélope, famille inversée, mythe renversé, poésie audacieuse. Quel beau voyage!


Ulysse.
De quel voyage est-elle revenue.
Ou plutôt duquel reviendra-t-elle.
Ou plutôt encore duquel est-elle en train de revenir.
Ne pas revenir.
Ou en morceaux.
Reliefs et creux à volonté.
Rêves déglingués. Tombés. À plat. Vides.
Où en est-elle vieillissante avec son odyssée du dedans.
Si peu la sienne.

Pendant que des états entiers trafiquent le réel.
Que partout ça flambe.
Sa colère son cœur flambent. (P. 33)



Imaginons-la veuve. Ne veut pas d’amants.
Veut elle. Son objet. Sa chose.
Lance à qui ose s’avancer
je vous présente – sa langue teintée de candeur
ma fille ma jeune fille
mon Ulysse mon orpheline. (P. 45)


Ailleurs.
Laissera à son cri l’espace
et le temps surtout
de se mobiliser afin de contrer toute entrave.
Apprendra à le lâcher
naturellement
son cri.

Et reviendra
– car elle est aussi femme du retour.

Aérienne.  (P. 53)



Par moments plus rusée que sa fille
Pénélope – avec son sens aigu du camouflage.
Son projet.
Mourir à son tour
sans laisser de trace.
Tout dévaster.

Il n’y aura rien à te mettre sous la dent
– ma fille.  (P. 77)



Aujourd’hui tout ce que j’ai fui de toi
– mourante intarissable
me rattrape.

L’oiseau nommé désir et son vent d’ailes.
Ailleurs accueille s’étale prodigieux.
Ton ombre te précédant – tu aurais été belle
flottante. Une brève ébauche en témoigne
où tu m’oublies – haute offrande toi
sans chagrin. Bienveillante hypothèse.
En noir et blanc.

Ô quel enthousiasme. Tes chevilles
voltiges de plages et d’eau
désinvoltement
amoureuses.  (P. 107)


Denise Desautels, Elle, Ulysse, Un retour, avec des œuvres de Stéphanie Béliveau, éditions du Noroît, 2025, 111 p., 25€