Une note de lecture de “la pandémiade” de Jean-Pascal Dubost


Jacques Morin propose cette lecture du livre de Jean-Pascal Dubost, “la Pandémiade”, paru aux Editions Isabelle Sauvage.


Jean-Pascal Dubost, la pandémiade, Éditions Isabelle Sauvage, 2022, 162 p., 18€.

L’ouvrage court de mars 2020 à octobre 2021. Autant dire la période du covid. Qui comme pour beaucoup d’auteurs s’est muée de fait en une période de création. Deux particularités cependant pour Jean-Pascal Dubost : cette séquence personnelle, aussi bien qu’universelle, est devenue son sujet quotidien, comme une expérience ouverte, un chantier continu et surtout l’occasion de mettre une nouvelle fois en avant cette écriture spécifique qui le caractérise, à savoir cette langue que l’on pourrait nommer, d’une façon non péjorative, rétrograde puisqu’elle ravive ses racines d’ancien français.
En cherchant à tout instant la vérité du mot révélée par une graphie ancienne (cronicque), des tournures désuètes ou des verbes vieillis (ramentevoir) remis au goût du jour (c’estoit), un sens oublié restauré par son usage (aroy -opposé à désarroi). Façon personnelle d’envisager l’écriture, qui se double d’une manière originale d’ouvrir l’ouvrage avec cette préface : « L’auteur à son livre ». Quel auteur s’adressera ainsi d’une façon complice à son œuvre ?
Par ailleurs, la langue qui reste donc sensible à la contamination médiévale s’en inspire aussi quant à la forme. Jean-Pascal en a recensé 99, il va en expérimenter trois dans ce livre. Celles-ci ont en commun d’utiliser l’octosyllabe (celui de Chrétien de Troyes, de Villon mais aussi de Réda ou de Pirotte). En strophes de 8 vers pour la première section qui fera comme un journal du début de l’ère du confinement. 8/8, on pourra parler de strophes carrées, en effet. (Retour sur la saga du virus, avec le premier tour des élections municipales, les départs en douce dans les résidences secondaires, le nombre de morts qui s’allonge chaque jour, l’absence absolue de masques de protection, etc…).
Reprenant le terme de Jean Bodel pour la deuxième partie, en « congés » de douzains, où il mettra en opposition vaccination et liberté. En vers continus enfin pour la troisième, mais rimés cette fois, pour déclarer sa joie d’écrire sans contrainte durant la période du pass sanitaire.
Jean-Pascal Dubost récapitule ainsi ces mois de crise que tout un chacun a traversés. Sous le titre Pandémiade avec ce suffixe qui croisent notion de collectif et d’épopée, trois étapes se suivent où le poète de Brocéliande met son écriture au service de tout un peuple, voire tout un monde, sous cette plume un peu compassée qui lui permet de maintenir ses distances avec l’actualité vulgaire et banale pour mieux transcender ordinaire et quotidien.

Jacques Morin

Jean-Pascal Dubost, la pandémiade, Éditions Isabelle Sauvage, 2022, 162 p., 18€.

Extraits page 144.

entré donc en cette écriture
réactionnelle à bonne allure,
comme j’y dis, cela fait-il
de moi un poète atrabile ;
un poète réactionnel
plutôt, indocile et rebelle
par l’émotionnel gouverné
par une attention affilée,
afferré à nul que ce soit,
inféodé à aucun roi,
observant la ronde du monde,
en son requoy menant sa fronde,
loin en son reclusoir mental,
dans sa forêt phénoménale
et fabuleuse et prodigieuse
où en aucun cas ne l’engueusent
les bons bailleurs de balivernes :
les chefs d’État au ton paterne
et les ministres au ton sinistre
et autres spécialistes cuistres,