Terrible poème d’un été d’hécatombe pour animaux et oiseaux pris dans les forêts en flammes, devant nous, idiots et responsables.

oiseaux, oiseaux tombés, oiseaux ramassés
dîtes, qu’avez-vous de là-haut rapporté ?
quel air ? quel air vicié ? quels efforts vains ?
quelles odeurs ? quelles visions de lointains ?
vous victorieux de la gravité,
ne tombant pas, n’enchaînés pas aux forces
qui entraînent
vers le centre
de la terre
ô vous tout autour de la terre qui volez
selon sa rotondité
mais nous verticaux courbés
éprouvés par la force qu’il faut pour monter
la pente même divisée en escaliers
la route même divisée en lacets
nous verticaux réduits à terre
comme voiture brûlée au virage montant
comme vélo alourdi d’araignées et de rouille
nos dos incurvés, nos fesses musclées,
nos cuisses piliers, nos pieds véloces, fatigués
vieille dame aux épaules arrondies
dans la montée, lourds sacs, lourds cabas
– on peut vous aider ?
ce n’est pas nous l’effort élégant, la grande force
de s’arracher de l’étang, abattée, ailes,
vers le bas poussant tout l’être vers le haut
ailes remontées vers le haut, faible descente, vitesse gardée
et de nouveau l’abattée, un peu plus haut, plus loin, plus vite
(p. 17-18)
…
ne t’apitoie pas
ne parle pas des animaux,
des plantes, des forêts, des glaciers, des océans
des oiseaux
pour ne parler que de toi
ne vois la mort
yeux à yeux, bec à bec
que pour t’apitoyer sur toi-même
comme font aux cimetières en cortège
les pleureurs et les pleureuses pleurant
leur propre et prochaine fin
nous savons qui
leur solide égoïsme
les fit chuter comme des pierres
tout en piaillant
qu’ils avaient raison
une colère sèche plutôt
et durable
(p. 21-22)
Laurent Grisel, Odes zaux zoizeaux, suivi de Climats, épopée, estampes de Sophie Dussidour, Les Lieux-Dits, 2026, 209 p., 18€
Choix d’Isabelle Baladine Howald
Les Lieux-Dits éditions