Franck Doyen, « Le ciel sur ton visage », lu par Isabelle Baladine Howald (III, 14, notes de lecture)


Pour l’enfance, le monde est infini. Il lui est également transmis. La poésie pour les enfants est ici à ciel ouvert.


 

 

Voici un livre merveilleux. Un monde de petits poissons filant sous l’eau, un monde de propositions, d’héritage aussi, un monde à hauteur d’enfance. Franck Doyen n’a pas oublié qu’il a été un enfant. Certes le monde est devenu si fragile, il le dit, il le raconte aux enfants :

Tu hérites des glaciers
des océans des forêts
tu hérites des cerisiers et des pommiers
des abeilles
des vers de terre
des montagnes étincelantes

Tu sens le poids de tout cela
et de ta vie à venir
ce matin
tu aimerais rencontrer un loup
tendre la main,
caresser son museau
et le museau des fleurs
et de tout ce qui brille
et resplendit autour de toi (p.35)


Mais il en raconte aussi les expériences, les émotions, ces transformations quand un enfant se met à être ce qu’il voit, ne se distingue plus de ce qui l’entoure :

« Aujourd’hui
la rivière plie
tu plonges tes yeux
dans le chemin de l’eau
des voix et des chants te parviennent
l’écho de souvenirs
qui ne sont pas toujours les tiens
et ton visage tournoie,
dans les remous
se cache avec les poissons
sous le gravier

plus loin
dans le courant
les berniques et les têtards
se collent sur ta peau
tes joues ton front
partout sur le corps
parfois te poussent aussi des plumes (p.47)

Un monde peut en cacher un autre, un monde peut en recouvrir un autre. Le réel et le rêvé, entre lesquels oscille constamment un enfant. Avec tout ce qui l’attend, il lui faut justement ces bases de rêverie, ces échappées de feuilles, ces petits mondes chacun « dans une pierre », ces animaux (« ensemble vous parlez »), ces campagnes où nature et humains vivent ensemble.
« Tu élèves un totem » (p.25), oui, c’est ça l’enfance, élever tout le temps des totems, jamais le même d’un jour à l’autre, tout est sujet aux métamorphoses. Un masque dans une feuille, ou bien « tu regardes le ciel/et tu es le ciel » (p.43), ou bien « couvert d’argile/ blanche et rouge/de la tête aux mains aux pieds/comme pour la guerre mais sans la guerre ». (p.49)
Je le résume trop mais il ne faut pas abimer ce petit traité de la fragilité, de la beauté.

Le merveilleux travail, vraiment merveilleux, d’une si grande finesse, de Catherine Renaud-Baret, accompagne ce texte délicat, nostalgique et plein d’espoir.
À offrir à tous les enfants et à leurs parents, ces anciens enfants.

Isabelle Baladine Howald

Franck Doyen, Catherine Renaud-Baret, Le ciel sur ton visage, Faï fioc, 2025, 70 p., 15€